Si la selle est un élément important dans le travail monté, les muscles thoraciques et pectoraux du cheval ont un rôle primordial dans son fonctionnement même sans charge sur le dos. Dans un article paru il y a quelques années dans la revue Dressage Headlines (qui n’existe plus aujourd’hui), Hilary Clayton s’intéresse à l’importance de ces muscles dans la locomotion du cheval monté. Je vous propose de reprendre son analyse, fine et bien documentée, sur ce sujet rarement abordé.

Aux yeux de beaucoup, Hilary Clayton est LA pionnière et référence dans la compréhension des mécanismes physiques en jeu chez le cheval de sport.

Hilary a grandi en Angleterre, où elle montait en poney club et suivait les chasses à courre du Derbyshire. Elle est devenue vétérinaire, tout en rêvant d’étudier le mouvement du cheval. Cependant, les technologies qui auraient permis de le faire n’existaient pas quand elle a passé son diplôme. Elle a donc passé quarante ans à développer des études en biomécanique équine, convaincue que la compréhension du rôle et des actions des groupes musculaires thoraciques et des antérieurs étaient la clé de la bonne compréhension du « self carriage » (voir plus bas) chez le cheval de dressage.

Photo Queca Franco

Aux yeux de beaucoup, Hilary Clayton est LA pionnière et référence dans la compréhension des mécanismes physiques en jeu chez le cheval de sport.

Hilary a grandi en Angleterre, où elle montait en poney club et suivait les chasses à courre du Derbyshire. Elle est devenue vétérinaire, tout en rêvant d’étudier le mouvement du cheval. Cependant, les technologies qui auraient permis de le faire n’existaient pas quand elle a passé son diplôme. Elle a donc passé quarante ans à développer des études en biomécanique équine, convaincue que la compréhension du rôle et des actions des groupes musculaires thoraciques et des antérieurs étaient la clé de la bonne compréhension du « self carriage » (voir plus bas) chez le cheval de dressage.

Sa rencontre avec Mary Anne McPhail (cavalière, juge de dressage, et fondatrice du McPhail Equine Performance Center au sein de la Michigan State University) a été déterminante. Mary Anne a en effet permis à Hilary d’accéder aux structures et à l’équipement nécessaires à la bonne conduite de ses recherches.

Après presque dix-sept ans en poste à la Mary Anne McPhail Dressage Chair in Equine Sport Medicine, Hilary Clayton a parcouru le monde de conférence en conférence pour faire part de ses découvertes. Elle s’est également consacrée à l’adaptation des résultats de ses recherche à l’ergonomie du matériel d’équitation, plus spécifiquement pour les chevaux de dressage.

Chez l’humain•e, les épaules sont rattachées au tronc par les clavicules ; pas chez le cheval. Sans clavicules, le cheval n’a pas de connexion squelettique entre son thorax et ses membres antérieurs. Il a, à la place, un puissant système musculaire qui relie l’intérieur de ses omoplates à sa cage thoracique.

Ce système agit comme un hamac, qui suspend les côtes entre les deux antérieurs du cheval. Ce groupe musculaire est constitué principalement de la partie thoracique du dentelé ventral et des divers muscles pectoraux. La contraction de ces muscles complémentaires soutient le thorax et le garrot entre les omoplates du cheval, élevant le garrot au moins aussi haut que la pointe de la croupe – sinon plus.

Si un cheval se déplace sans gainer ce système musculaire, il semble fait en descendant ou « sur les épaules ». 

Les dix-sept années passées au laboratoire équin du McPhail Center ont conduit Hilary Clayton à orienter ses études sur le corps du cheval dans le rassembler. Elle a établi quel poids le cheval exerce sur chacun de ses membres, quelle force propulsive chacun de ces membres possède, l’importance du poitrail et du thorax, et à quel point il était crucial que le•la cavalier•e comprenne le rôle et le fonctionnement des chaînes musculaires afin de pouvoir guider son cheval vers l’équilibre.

Lors des différentes études qu’elle a menées, Hilary Clayton a demandé à ce que les chevaux soient montés dans une attitude de travail, dans une attitude rassemblée, puis dans une attitude libre où ils ne soutenaient pas leur thorax. L’objectif était de quantifier le travail propulsif de chacun des membres selon l’attitude du cheval.

Des marqueurs ont été placés sur le thorax, l’encolure et la croupe, ainsi que sur chacun des membres, à l’occasion de nombreuses sessions de collectes de données sur la propulsion et la capacité du cheval à se rassembler.

Planche anatomique des muscles de l'avant main, notamment les muscles thoraciques et pectoraux du cheval.

Un cheval moyen porte 58 % de son poids sur ses membres antérieurs et 42 % sur ses postérieurs. Hilary a ainsi mis en évidence le fait qu’un cheval doit apprendre à se déplacer dans un équilibre « montant » en s’élevant vers le haut et vers l’avant avec ses antérieurs.

Les postérieurs peuvent ainsi fonctionner en se fléchissant pour mieux prendre en charge la masse du cheval, étant ainsi sollicités en tant que propulseurs. En clair, le thorax, masse imposante s’il en est, doit être soulevé par les antérieurs pour permettre aux postérieurs de pousser.  

(NB : c’est là qu’on comprend l’intérêt d’avoir des pieds antérieurs bien conformés, solides et surtout indolores ! Parce que si le cheval a mal aux pieds, il ne peut pas pousser franchement dessus… et donc est absolument incapable de se mettre en « self carriage ». Pourtant, le nombre de chevaux qui ont des pieds déséquilibrés, mal parés ou protégés, douloureux et donc inopérants est juste énorme. Je vous laisse en tirer la conclusion qui s’impose.)

L’expression anglophone « self carriage » désigne la façon qu’a un cheval de se porter en équilibre de lui-même.

Les muscles thoraciques jouent un rôle déterminant dans le self carriage, recherché chez tout cheval de dressage (et par extension, tout cheval monté). Le but de l’entraînement en dressage est d’apprendre au cheval à utiliser ce groupe de muscles à travers l’exercice quotidien. Avec le temps, ces muscles se renforcent et l’élévation continue du thorax autorise le cheval à maintenir et même augmenter l’engagement de ses postérieurs sous son centre de gravité lorsqu’il se déplace, améliorant en même temps son équilibre longitudinal.

Le renforcement musculaire et le gainage des muscles thoraciques sont d’autant plus améliorés grâce au travail lorsque le•la cavalier•e est capable d’équilibrer les épaules d’un côté sur l’autre, mais également à travers la pratique des demi-arrêts. Cette élévation du cadre, pour peu qu’elle soit correctement réalisée par le•la cavalier•e, permet aux muscles de devenir plus forts et élastiques et facilitent le travail de self carriage.

Les cavalier•e•s tendent à penser que la dissymétrie du cheval trouve plutôt son origine au niveau du dos et des postérieurs du cheval. Cependant, ces fameux muscles « dentelés du thorax ventral » ainsi que les omoplates du cheval jouent un rôle important dans l’équation de la dissymétrie.

Dans la mesure où un cheval est nécessairement plus fort d’un côté que de l’autre, ce groupe de muscles renforce la tendance du cheval à tomber à l’intérieur d’un côté, dériver sur l’extérieur de l’autre côté – selon que le cheval est plus musclé à droite ou à gauche.

Hilary Clayton explique que « ces muscles relient la partie ventrale de l’omoplate aux côtes et aux vertèbres qui sont à la base de l’encolure. Quand ils sont engagés, le garrot se soutient, dépassant plus haut entre les deux omoplates, et soulève dans le même temps la base de l’encolure. Chez un jeune cheval, ce groupe de muscles n’a souvent pas la même force entre la droite et la gauche, et cela joue un rôle important dans la dissymétrie générale de l’animal.

Les cavaliers doivent, de ce fait, développer une pédagogie adaptée pour que le cheval apprenne à utiliser et renforcer les muscles de son côté le moins développé, afin d’améliorer la rectitude qui sera une base déterminante de l’équilibre et du self carriage. Avec le temps, le cheval commencera à comprendre comment s’équilibrer dans une attitude montante sans tomber sur son épaule interne ou s’échapper par l’épaule externe quand il tourne. »

Il ressort des études et observations d’Hilary Clayton qu’un travail sur des petits cercles, un travail d’incurvation et de déplacements latéraux permettent le développement en puissance et en volume des muscles pectoraux. C’est d’autant plus profitable que ces muscles sont nécessaires au maintien de l’aplomb vertical des membres antérieurs, tant dans leur appui au sol que pour augmenter le croisement des postérieurs lors des mouvements latéraux.

Le self carriage, notion importante de l'utilisation des muscles pectoraux et thoraciques dans le travail du cheval

Un cheval peut parvenir au self carriage par le contrôle de la tension ou du relâchement alternatifs de tous ses groupes musculaires. Il y a un autre « hamac musculaire » profond qui lui permet de maintenir la flexion de son rachis (c’est-à-dire de monter le dos et tendre sa ligne du dessus), au niveau du dos et des abdominaux. Les muscles abdominaux entourent l’abdomen, reliant le bassin à la cage thoracique et au sternum. Le gainage de ces muscles, conjointement aux muscles dorsaux, permet au cheval de relâcher et d’amplifier le mouvement des muscles qui contrôlent ses membres pour augmenter sa propulsion et supporter correctement son propre poids. 

Le•la cavalier•e a pour mission d’équilibrer correctement le poitrail et le thorax du cheval, afin de permettre aux postérieurs de s’engager sous la masse pour procurer à la fois du soutien et de la propulsion. C’est une étape indispensable au rassembler, parce que les épaules et le poitrail pèsent lourd ! Comme l’indique Hilary Clayton, « c’est un équilibrage précis du tronc qui permet à la poussée postérieure de traverser tout le corps du cheval sans le déséquilibrer fortement vers son avant-main ».

La plupart des cavaliere•e•s pensent que seuls les postérieurs sont responsables de la propulsion et de la poussée. En fait, plus précisément, la poussée des postérieurs vers l’avant doit être suppléée par la poussée verticale des antérieurs. Donc la poussée des postérieurs doit être constamment contrebalancée par l’élévation du tronc et de l’avant-main, afin que le cheval puisse performer dans un équilibre sur les hanches et en contrôlant en permanence sa puissance. 

Il y a un lien de cause à effet très clair entre la posture du•de la cavalier•e et la posture du cheval monté, quand ils s’entraînent ensemble. Hilary Clayton évoque le « core » du•de la cavalier•e. Il s’agit de l’ensemble des muscles profonds et superficiels reliant le rachis au bassin, tant sur le plan ventral que dorsal. C’est l’endroit où sont localisés à la fois le centre de gravité et le centre énergétique du•de la cavalier•e.

Selon elle, si le « core » n’est pas engagé, alors les muscles correspondant chez le cheval ne le seront pas non plus. Même si le cheval a l’avantage d’avoir quatre jambes sur lesquelles répartir son poids, et donc d’être plus stable que son•sa cavalier•e, ce•tte dernier•e doit apprendre à stabiliser sa posture et à gérer son équilibre par lui-même s’il•elle veut que son cheval puisse engager son propre « core » et en utiliser la puissance pour stabiliser son attitude générale.

J’ai déjà traité du sujet du thorax et de ses muscles, moins en détails mais plus relié à la question de la selle. Certains de ces articles sont déjà disponibles (j’évoque notamment les contractures musculaires du passage de sangle ici), d’autres seront publiés prochainement.

Les publications et la réflexion générale d’Hilary Clayton ont été pour moi une vraie révélation lorsque j’ai commencé à les découvrir il y a plusieurs années : il n’était que temps que je lui rende justice par cet article. Pour moi, elle est celle qui met le mieux en lien les connaissances fondamentales et leurs applications pratiques dans le domaine de l’équitation sportive. Plus qu’une pionnière, c’est à mon sens l’une des fondatrices de la compréhension moderne de l’équitation, basée sur la science, et qui permet merveilleusement d’affirmer ou d’infirmer les anciennes théories équestres sur lesquelles on s’appuie encore trop souvent.

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