Jusque récemment, votre cheval semblait à l’aise lorsqu’il était au travail. Depuis quelques temps, il met les oreilles en arrière et se retient quand on lui demande d’avancer. Il hésite dans le départ au galop, et a du mal à se mettre sur le bon pied. Il n’est pas boiteux, mais il n’est pas dans son assiette. Et s’il souffrait de contracture au passage de sangle ?
Jo-Ann Wilson*, masseuse, est l’auteure d’un article publié dans la revue Practical Horseman Magazine. Ce dernier met en lumière ces contractures méconnues et pourtant souvent directement liées à la selle. Ergonomie Equestre reprend ici les grandes lignes de cet article traitant des causes, des conséquences et des moyens de soulager les contractures musculaires dans la région du passage de sangle.
Anatomie équine : les muscles pectoraux
Quand on évoque les muscles risquant la contracture au niveau du passage de sangle, on parle principalement de l’un des trois muscles du groupe pectoral : la partie caudale du pectoral ascendant.
C’est un muscle plat, triangulaire, situé le long de la cage thoracique (juste derrière l’antérieur et la pointe du coude). Il s’étend de l’arrière de l’humérus (l’os situé en dessous de l’omoplate) jusqu’au sternum, et remonte jusqu’au milieu du ventre.

La contraction du pectoral ascendant postérieur participe à la rétraction de l’antérieur (mouvement de recul). Lorsque l’antérieur avance (mouvement de protraction), c’est grâce à d’autres muscles (notamment le brachiocéphalique) ; mais si le pectoral ascendant est contracté et ne peut pas se relâcher, la protraction est limitée, l’amplitude de mouvement des antérieurs aussi !
Comment reconnaître une contracture du muscle pectoral chez le cheval ?
Les signes d’une contracture au passage de sangle
Des muscles contractés sont une cause fréquente d’allures étriquées. Si le pectoral ascendant postérieur est contracté, l’antérieur est limité dans son amplitude, et le mouvement en avant est contrarié. La locomotion des postérieurs peut être affectée également, puisque les antérieurs et les postérieurs bougent de façon synchronisée. Les foulées sont courtes et malaisées.
Les signes de contracture peuvent être plus ou moins subtils. Votre cheval peut par exemple :
- Montrer des signes de mal-être au sanglage
- Refuser le montoir, en refusant de rester immobile ou en menaçant de mordre
- Avoir des difficultés quand il s’agit de marcher en montée
- Avoir du mal à galoper sur un pied en particulier : il change de pied tout seul, ou se désunit
- Dégrader son geste des antérieurs à l’obstacle
- Être en difficulté sur des obstacles de volée, qui demandent des sauts en longueur (spa, rivière, contre-hauts)
- Se montrer réticent lorsqu’il doit allonger son allure ou effectuer des changements de pied rapprochés
- Montrer des signes de fatigue plus rapidement, parce qu’il doit lutter contre ses raideurs pour aller de l’avant
- Refuser le mouvement en avant voire rétiver ou se mettre debout dans certains cas extrêmes
Comment vérifier la présence d’une contracture au niveau du pectoral du cheval ?
Votre cheval montre l’un ou plusieurs de ces signes ? Il est possible que le muscle pectoral ascendant soit excessivement contracté. Pour le vérifier, vous pouvez procéder de la manière suivante : debout près de son épaule, passez votre main bien à plat le long de la zone derrière le coude. Attention, c’est une zone parfois sensible, votre cheval peut bouger ou même se défendre, surtout s’il a mal. Si le muscle est relâché, la zone sera plate et le muscle souple. S’il est contracté, vous sentirez un nœud, une bosse légèrement proéminente, de la taille d’une saucisse type Knacki® (perpendiculaire au sol), à travers le muscle.
Quelles sont les causes d’une contracture musculaire au niveau de la sangle ?
Il existe différentes causes qui peuvent provoquer une contracture musculaire au passage de sangle. Connaître et corriger la cause permet au cheval de retrouver sa mobilité, et surtout à la contracture de disparaître durablement.
Voici les causes principales d’une contracture au passage de sangle :
Le placement de la selle : la cause la plus courante de la contracture du muscle pectoral est une selle mal positionnée. Trop souvent, la selle est placée trop en avant, et la sangle passe juste derrière le coude. La pression de la sangle à cet endroit pince les muscles et engendre des spasmes.
Solution : il faut trouver la place de la selle derrière les omoplates, de façon à ce qu’elle n’entrave pas leurs mouvements. Ainsi, on crée suffisamment d’espace entre la selle et les épaules, mais également entre la sangle et les antérieurs.
La longueur de la sangle : une sangle courte, comme celles que l’on utilise souvent en dressage, peut causer la contraction du muscle, en particulier si les boucles sont trop basses et que leur pression est concentrée sur une petite surface. C’est le cas notamment quand la sangle est un peu trop courte.
Solution : essayer une sangle plus longue, de sorte que les boucles soient plus hautes.
La largeur de la sangle : une sangle étroite concentre les pressions sur une surface plus petite qu’une sangle large.
Solution : une sangle plus large, éventuellement en tissu, peut être une bonne alternative. Attention également à ne pas trop serrer la sangle, notamment lorsqu’elle comporte une partie élastique.

Le travail du cheval : si le travail en lui-même n’est pas néfaste, répéter des heures durant la même figure (le galop en cercle, des allongements à l’excès) peut amener des contractions au passage de sangle – et en d’autres endroits, d’ailleurs.
Solution : varier le travail, inclure des transitions et des changements de direction réguliers.
Le sol sur lequel le cheval travaille : travailler dans une carrière profonde fatigue le cheval et contribue aux raideurs musculaires.
Solution : préférer un sol ferme, et si c’est impossible, limiter le temps de travail sur sol profond.
Un blocage physique dans une autre région que celle du passage de sangle : il arrive parfois que la cause du problème ne se situe pas du tout au passage de sangle. Le cheval peut avoir un problème au niveau d’un membre ou dans le pied, par exemple. Il utilise ainsi ses muscles pectoraux pour limiter son action, et préserver son membre douloureux. Le muscle se retrouve contracté et parcouru de spasmes. Dans des cas comme celui-ci, le nœud ne se résout pas par un simple massage, et le problème ne disparaît pas en adaptant le matériel et le travail.
Solution : il faut consulter un vétérinaire ou un spécialiste des pieds (maréchal-ferrant, podologue…).
Comment faire disparaître la contracture musculaire d’un cheval ?
Une fois que vous avez identifié la cause de la contracture, vous avez la possibilité de pratiquer un massage qui permettra de détendre les muscles contractés. Si la cause n’est pas identifiée, le massage est tout aussi efficace mais le risque de récidive est élevé.
En vous tenant juste derrière l’épaule du cheval, placez le plat de la paume contre le cheval, juste derrière le coude. Ne crispez pas votre main. Au moyen de pressions douces et progressives de la paume, travaillez gentiment le muscle sur une distance d’environ une main et demie. Observez les réactions de votre cheval (est-ce qu’il bouge ? Couche les oreilles ?) pour savoir si la pression est trop forte. La plupart du temps, le nœud se relâche en quelques minutes. Le muscle redevient souple, et le cheval se détend. Si cela ne suffit pas, n’hésitez pas à faire appel à un professionnel.
Pour compléter le massage, privilégiez pendant quelques temps le mouvement en avant dans le travail du cheval afin de réactiver et d’étirer les fibres musculaires. Le galop est particulièrement recommandé.

Prévenir la contracture musculaire : les gestes qui préservent le passage de sangle
Si malgré l’identification de la cause votre cheval reste sujet aux contractures musculaires du pectoral, vous pouvez pratiquer quelques exercices d’étirement et d’échauffement pour tenter de mettre un terme au problème.
- Après avoir sellé et sanglé gentiment le cheval, et avant de vous mettre en selle, laissez marcher le cheval quelques minutes en main ou à la longe afin que la selle se positionne correctement et que les muscles s’échauffent. Avant de monter, vous pouvez éventuellement étirer les antérieurs en protraction (mais ça n’est pas pour éviter les plis de peau !). Attention : trop de cavaliers effectuent un geste brusque, désagréable pour le cheval, voire contre-productif. Prenez doucement le paturon du cheval dans votre main, soulevez le pied et proposez un geste vers l’avant ; laissez le cheval trouver sa hauteur, son amplitude et son étirement, vous êtes simplement là pour guider le mouvement. Autre possibilité, si votre cheval sait le faire : demandez-lui une jambette !
- Favorisez les mouvements dans l’étirement lors de l’échauffement. C’est au galop que le cheval mobilise le plus grand nombre de muscles de son corps avec des amplitudes prononcées, donc s’il est à l’aise à cette allure et que cela est possible, profitez-en tôt dans le travail. En extérieur, les montées sont également un très bon exercice d’étirement.
- En fin de séance, une fois le cheval dessellé, répétez les étirements d’avant-séance. Cela permet de soulager les tensions du travail musculaire.

La contracture au passage de sangle, l’une des conséquences d’un matériel inadapté
En conclusion, on retiendra qu’une contracture au passage de sangle n’est jamais anodine. Elle peut plus ou moins gêner le cheval concerné, on peut la faire disparaître. Mais tant que la cause n’est pas identifiée et surtout solutionnée, le mal-être demeure. Prendre le temps de comprendre pourquoi il y a une gêne est donc indispensable à la bonne évolution du travail du cheval. Choisir une sangle adaptée est également primordial.
L’ergonomie du matériel et la santé équine sont étroitement liées. Bien au-delà des contractures du dos, l’ensemble de l’anatomie du cheval peut être impactée par le matériel que l’on utilise. Vous vous posez des questions sur ces blessures silencieuses ? Vous voudriez mieux comprendre le rapport entre le physique d’un cheval, son environnement, son travail et le matériel ? « Les fondamentaux du saddle-fitting » répondra probablement à toutes ces interrogations. Retrouvez ici le programme de cette formation en ligne, qui s’adresse à tout•e•s ceux•celles qui veulent aller plus loin dans leur compréhension du cheval.
* Jo-Ann Wilson est une kinésithérapeute, masseuse diplômée, enseignante et chercheuse, dont les recherches concernent les humains autant que les chevaux. Elle travaille avec des chevaux de toutes les disciplines, de compétitions internationales ou de loisir. Elle a travaillé en tant que kiné pour l’équipe olympique de complet américaine aux JO de Sydney (médaille d’or individuelle et de bronze par équipe). Américaine, basée dans le Maine, à Searsmont, Jo-Ann a longtemps été l’associée de feu Jack Meagher, un pionnier dans le domaine du massage des sportifs. Elle a mis au point avec lui une méthode de massages pour les sportifs et une formation au sein de Wilson et Meagher Sportstherapy. L’article sur lequel se base notre post a été initialement publié dans le numéro d’octobre 2009 de la revue Practical Horseman Magazine.
