Le rêve de tout•e cavalier•e qui consulte un•e saddle fitter pour la première fois pour l’achat d’une selle, c’est de le•la voir arriver avec un camion rempli de dizaines de marques et de modèles de selles différents, et de pouvoir choisir ce qu’il•elle veut dans tout ça. Puis de choisir la selle idéale, parfaitement adaptée à lui•elle comme à son cheval. Et enfin, que plus rien ne se passe jusqu’à la prochaine visite de contrôle. Si la selle est adaptée, il n’y a aucune raison que ça change, non ? Et tout cela avec une disponibilité immédiate et, bien sûr, le tarif le plus bas possible pour le matériel comme la prestation de services.


Autant mettre fin au suspense tout de suite : c’est impossible, et je vais vous expliquer pourquoi.

Avant d’évoquer ce que vous pouvez attendre de votre saddle fitter, il est utile de rappeler que vous avez, vous aussi, un rôle à jouer dans l’achat de votre prochaine selle puis sont entretien. Vous voulez que l’expérience soit réussie ? Voici ce que vous devez prévoir, afin de permettre au•à la saddle fitter de vous donner pleine satisfaction.

Une selle coûte entre 150 et 8 000 €. Cette fourchette est extrêmement large. Connaître votre budget est donc indispensable pour éviter de perdre du temps avec des modèles hors de portée d’une part, et pour vous donner un maximum d’options d’autre part. Ne soyez pas timide : si vous n’êtes pas clair•e avec vous-même ou avec les professionnel•le•s que vous contactez, vous risquez de vous retrouver avec des propositions complètement à côté de la plaque.

Voici 3 conseils pour déterminer clairement votre budget :

  1. Parlez en chiffres, pas en adjectifs comme « petit » ou « gros », qui n’impliquent pas la même chose pour tout le monde. Pour certaines personnes, un petit budget c’est 2 500 € ; pour d’autres, un gros budget c’est 250 €… Des chiffres clairs limitent la confusion.
  2. Donnez une fourchette de prix plutôt qu’un tarif fixe. Votre saddle fitter aura ainsi une bonne idée de ce que vous voudriez dépenser dans l’idéal, et de la limite si vous n’avez pas le choix.
  3. Comptabilisez, en plus du prix d’achat de la selle, les potentiels services associés (consultation de saddle fitting, frais de port, accessoires – sangle, étrivières, étriers -, produits d’entretien, etc.). Ces frais peuvent vite grimper et atteindre 4 ou 500 €.

Indiquer votre budget n’est donc pas un détail, mais une base importante dans le travail effectué par le•la saddle fitter.

Le travail d’un•e saddle fitter ne se réduit pas à l’achat d’une selle. Il•elle est également régulièrement consulté•e pour l’entretien et la vérification du matériel.

Votre responsabilité est de l’informer de tout événement qui pourrait avoir une influence sur l’adaptation de la selle : un cheval arrêté, blessé, qui est tombé, malade, ou vous, cavalier•e, qui avez arrêté de monter quelques semaines, ou au contraire qui avez augmenté la charge d’entraînement. Le•la saddle fitter pourra en prendre note et en tenir compte lors de sa prochaine visite.

Si un problème survient (selle qui se met à avancer, blesser…), n’attendez pas ! Vous devez contacter le•la saddle fitter le plus rapidement possible.

Enfin, même quand tout semble aller bien, il est recommandé de prévoir une visite annuelle de suivi. Des micro-changements peuvent survenir, et le fait d’intervenir avant qu’ils n’aient de conséquences fait partie de la politique de prévention appliquée par les saddle fitters. Pour certains chevaux (jeunes, ou qui changent beaucoup), le suivi peut être plus fréquent. Vous avez également la possibilité de vous former : vous gagnerez en autonomie entre deux visites, tout en comprenant mieux les enjeux de l’ergonomie équestre.

Le suivi du matériel est d'autant plus important après l'achat d'une selle.

Mettons fin à un mythe : aucun•e saddle fitter ne peut arriver à un rendez-vous en proposant l’ensemble des marques du marché à l’essai. C’est impossible, pour des raisons évidentes de stock, d’investissement, et de place.

S’il•elle a choisi certaines marques, c’est pour des raisons qui reflètent ses valeurs, ses préférences, mais aussi pour répondre au mieux aux besoins des personnes qui font appel à lui•elle. N’hésitez pas à évoquer le sujet avec le•la professionnel•le que vous consultez. Vous comprendrez mieux ces choix, qui sont inévitables dans son métier.

Le marché français se différencie de celui du Royaume-Uni ou des Pays-Bas, par exemple. Pourquoi ?

  • La densité d’écuries n’est pas la même : dans ces pays, chaque sellier•e dessert un périmètre restreint. En France, où les distances sont étendues, il faut faire parfois beaucoup de route pour rencontrer sa clientèle.
  • Du fait de cette différence, le service proposé est forcément adapté : en étant à proximité de ses client•e•s toute l’année, le•la sellier•e peut proposer un service haut de gamme, et en vivre. En France, Il est impossible, au vu du nombre de professionnel•le•s et de leur espacement géographique, d’être aussi disponible.
  • Dans les années 80 en France, les artisan•e•s sellier•e•s ont majoritairement choisi de ne plus passer par des détaillant•e•s mais de vendre leurs produits en direct. Aujourd’hui, pour de nombreuses personnes, une bonne selle ne s’achète pas en sellerie mais directement auprès de la marque. Le fait que les commerciaux des marques se déplacent pour voir les chevaux à seller constitue une plus-value ressentie pour la clientèle.
    Les détaillant•e•s, donc, ont réduit leur offre à quelques marques haut de gamme étrangères qui ont gardé ces canaux de distribution car c’est ainsi que ça fonctionne partout ailleurs – la France fait figure d’exception. Le service lié aux selles étant chronophage et peu rentable, on comprend donc qu’ils•elles aient préféré vendre du textile ou des accessoires, où les marges sont plus élevées.

En résumé, comme établi juste au-dessus, vendre des selles est un travail qui prend du temps quand on veut le faire correctement. Pour vendre une selle, il faut compter les heures d’essai, le temps administratif lié, puis contrôler la selle à la livraison – sans parler des temps de trajet si la personne n’habite pas dans la ville d’à côté. Avec un peu de réalisme et un bon comptable, on comprend très vite pourquoi il est impossible d’offrir le service sur des selles de basse ou moyenne gamme.

On constate donc assez vite deux choses :

  • Pour être légitime face à de nombreux cavalier•e•s marqué•e•s par le système français, il vaut mieux limiter le nombre de marques ou de conceptions pour ne pas brouiller les signaux. La spécialisation est le signe de la compétence. Il est donc plus sensé de travailler avec une marque que l’on connaît et comprend bien, plutôt que de chercher à tout faire – parfois de travers.
  • Quand on est indépendant•e et que l’on se déplace dans les écuries, il est nettement plus facile de limiter le nombre de fournisseurs au strict minimum. Que ce soit pour la gestion des commandes ou du SAV, trop d’interlocuteur•ice•s ou de procédures différentes, c’est un temps précieux perdu.

Le problème, lorsqu’on choisit de travailler avec une seule ou un nombre très réduit de marque(s), est qu’on est rapidement assimilé•e à un•e commercial•e pour la ou lesdites marques. Le terme « commercial•e » étant devenu, à tort ou à raison, assez péjoratif, la réputation du•de la saddle fitter peut être galvaudée alors même que la restriction du nombre de marques est un choix délibéré, assumé et justifié.

Une saddle fitter conseille un cavalier lors de l'achat d'une selle.

Je me suis, à titre personnel, beaucoup et longtemps battue avec moi-même sur ce sujet (je suis têtue) : je voulais être capable de fitter tout ce qui était fittable : selles, gens, chevaux, tout ! Mais je me suis heurtée à des écueils : des selliers qui ne veulent pas coopérer, des conceptions en dépit du bon sens, des produits prometteurs mais qui ne tiennent pas dans le temps, des cavaliers qui veulent tout et son contraire dans la même consultation, des chevaux aux évolutions imprévisibles (et imprévues), des changements de moniteur•ice, des accidents de la vie…

Et puis à la longue, j’ai fini par comprendre avec quel•le•s cavalier•e•s et quels chevaux j’étais à l’aise, quelles selles je comprenais ou non (on est mauvais avec ce qu’on ne comprend pas), quelles étaient les choses à ne jamais proposer (du service gratuit, par exemple) et surtout quel était le rythme de travail acceptable pour ne pas être qu’un météore crashé par le burn-out au bout de quelques années.

Donc, j’ai fait des choix. C’est une question de réalisme d’entreprise : nous sommes tous•tes confronté•e•s aux mêmes constats et aux mêmes choix. Pour exaucer le rêve de nombreux•ses cavalier•es et proposer une offre parfaitement adaptée, il est nécessaire de tester, développer, patienter. En mutualisant nos expériences, notamment par le biais du réseau Ergonomie Equestre, nous avançons plus vite !

On a déjà parlé du suivi comme étant la responsabilité du•de la client•e. Cependant, en tant que pro, nous avons le devoir de former nos client•e•s aux signes de « premiers secours ». La consigne ? En cas de souci, appelez-nous immédiatement. Parce que c’est vous, utilisateur•ice•s, qui montez ou voyez votre cheval quotidiennement et qui savez si quelque chose ne va pas ou plus.

Un événement survient (chute, blessure, arrêt du travail…) ? Prévenez-nous aussi ! Lors de la prochaine consultation, il sera bien plus facile d’analyser la situation en ayant eu connaissance de l’historique du cheval sur la période écoulée. Vous pensez que votre saddle fitter a raté quelque chose ? Votre selle avance malgré son passage ? C’est d’autant plus important de le rappeler. N’attendez pas six mois : vous êtes responsable de l’évolution de la situation.

Consultation de suivi par un saddle fitter à la suite de lachat d'une selle neuve.

Lorsque vous, en tant que client•e, payez

  • un service requérant des compétences spécifiques
  • le matériel
  • le suivi et les modifications de ce matériel

une partie de la responsabilité est reportée sur le•la professionnel•le que vous consultez, c’est normal. Mais cela ne vous exonère pas de tous vos devoirs.

Quand vous achetez une voiture, la vidange, les nouveaux pneus, les dépannages et le contrôle technique ne sont pas compris dans le prix d’achat. Et le vendeur n’est pas responsable de la panne provoquée par une mauvaise utilisation (oups, le gasoil à la place de l’essence). En revanche, sa responsabilité peut être engagée si vous avez entretenu correctement la voiture mais que son moteur prend feu sans raison. Vous l’avez compris, la responsabilité du fitting de votre selle est partagée : le•la saddle fitter vous accompagne au mieux dans l’achat, l’adaptation ou le suivi de votre matériel. De votre côté, vous avez le devoir d’entretenir correctement votre selle, de prévenir en cas d’événement majeur, et de prévoir un suivi régulier.

D’une manière générale, on considère donc la selle sous trois aspects :

  • L’ergonomie
  • Le suivi
  • La qualité

La personne qui vous vend et/ou vous adapte une selle (détaillant•e, commercial•e, conseiller•e, ergonome, fitter) est responsable des deux premiers aspects. Elle peut vous conseiller sur le troisième, mais c’est le fabricant qui en reste responsable.

L’accompagnement du•de la professionnel•le lors du choix de la selle et du suivi est un critère déterminant, car c’est sur ses compétences que vous vous reposerez. De son côté, il•elle se basera sur différents facteurs :

  • Le cheval : qui impose, par sa conformation, un certain nombre de choix possibles. Plus votre cheval est compliqué à seller, moins vous avez de choix.
  • Vous, cavalier•e : en fonction de votre compatibilité avec votre monture, les possibilités peuvent se restreindre, et même disparaître dans certains cas d’incompatibilité.
  • Votre budget : il est évident que vous n’aurez pas accès aux même modèles ou marques avec un budget de 800, 2 000 ou 5 000 €.

En ayant une perception claire de ce qui est de la responsabilité du•de la professionnel•le qui vous accompagne, mais aussi de votre propre rôle dans l’achat, l’entretien et le suivi de votre selle, vous prenez place dans un système vertueux. Chaque question trouve alors une réponse, dans le but que votre cheval et vous trouviez la solution matérielle idéale pour votre couple.

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