Vous avez un cheval, mais pas de selle disponible ou adaptée pour lui. Il y a plein de raisons valables : il sort de convalescence, est en cours de débourrage, vous venez de l’acheter… Il y a des choses à vérifier avant un essai de selle ? Et en attendant, qu’est-ce qu’on lui met sur le dos ? Ma première réponse, c’est : « rien, même pas vos fesses ». Parce que finalement, une selle adaptée, c’est bien, mais un cheval dont tous les voyants (santé physique et mentale, locomotion) sont au vert, c’est mieux.

Avant de choisir ou même simplement d’essayer une selle, quelles questions faut-il se poser ? Selon moi, ce sont les suivantes. Et la réponse que vous apporterez aura une incidence directe sur votre façon d’aborder le choix du matériel, notamment de la selle.

Quelle est la base sur laquelle on envisage de travailler son cheval ? Est-ce qu’on a connaissance d’éventuels soucis de santé ? Problème d’ovaires, de conflits de processus épineux, de lombalgie, ou encore de maladies chroniques comme Lyme ou la piroplasmose… Tout doit être posé sur la table pour identifier les possibles causes internes à des problèmes de selle ultérieurs.

  • Ce que je préconise : établir un historique clair de la santé et des traitements subis par le cheval, ne pas hésiter à consulter un•e vétérinaire en cas de doute, et ne pas faire l’impasse sur la visite d’achat adaptée à vos ambitions équestres pour le cheval en question !

Lorsqu’un cheval est infesté de vers, on observe plusieurs symptômes :

  • Mal de ventre
  • Ventre gonflé, tendu
  • Dos qui s’affaisse

Le résultat ? Un sanglage douloureux, une ligne de dos raccourcie et une tension altérée. Et donc, sans surprise, une selle qui ne pourra pas être correctement ajustée dans le temps : la forme et la longueur de l’arçon ne correspondront pas.

  • Ce que je préconise : une coprologie pour vérifier la présence (ou non) de vers, et un vermifuge adapté au résultat.

Des dents qui ne fonctionnent pas comme elles le devraient, c’est une alimentation mal assimilée et donc un état général du cheval dégradé. Et pas seulement : les problèmes de dents peuvent aussi créer énormément de déséquilibres et de compensations sur toute la chaine vertébrale, donc le dos, donc la selle. Si on résume, l’état des dents a donc une incidence directe sur la posture.

  • Ce que je préconise : un suivi régulier par un dentiste, en prévention.
Il est indispensable d'avoir un suivi dentiste régulier avant l'essai d'une selle

Beaucoup de chevaux n’ont pas les apports alimentaires adaptés. Carences diverses en nutriments et oligo-éléments, manque de fibres ou de protéines dans la ration… Fréquemment, en consultation, on a des poils aux textures grasses, rêches ou décolorées, des abdomens gonflés et douloureux malgré une absence de parasites (voir ci-dessus), des muscles hyper ou hypotoniques… Et si ça venait de la gamelle ?

Parce qu’au-delà de certains schémas aussi récurrents que passagers (la sensibilité abdominale lors des changements météorologiques/saisonniers qui influent sur la qualité de l’herbe en premier), ce que mangent les chevaux joue énormément – et au-delà de ce que nombre de personnes s’imaginent – sur leur « sellabilité ». Et c’est de plus en plus fréquent que je repousse le choix d’une selle pour cette raison.

  • Ce que je préconise : si votre cheval peine à perdre/prendre du poids, que ses muscles sont régulièrement douloureux, que la palpation abdominale est toujours un sujet sensible mais que la gastroscopie est négative … consultez un•e nutritionniste équin !

Qu’ils soient ferrés ou non, les pieds du cheval doivent lui permettre de prendre des appuis fermes et francs au sol. Pas de sole trop fine, de talons fuyants ou fermés, de fourchettes abîmées, etc. Pour rappel, le cheval n’a pas de clavicules : sa cage thoracique, sur laquelle repose sa selle, est soutenue par un groupe de muscles, les « serratus ventralis thoracis » situé entre ses omoplates et qui agissent comme les piliers d’un pont suspendu.

Si les pieds, qui sont les ancrages de ces piliers, sont défectueux, la cage thoracique s’affaisse et le garrot s’effondre entre les épaules. Et si le garrot n’est pas à sa place, une selle adaptée au dit garrot ne pourra pas être bien choisie.

Et on ne parle même pas des problèmes des postérieurs, moins connus, mais tout aussi délétères (coucou les sacro-iliaques qui flambent et les lombaires qui prennent tout dans la poire !).

  • Ce que je préconise : des pieds entretenus et éventuellement équipés par des personnes compétentes, à intervalle suffisamment régulier pour ne pas laisser les anomalies s’installer.

Un cheval qui fonctionne, c’est un cheval qui n’est pas coincé par des blocages mécaniques. Identifier les principaux blocages mécaniques, c’est comprendre où sont les points de force et les faiblesses de chaque cheval.

Une séance de massage, shiatsu ou ostéopathe par exemple peut aider votre cheval

Ces blocages peuvent être identifiés et traités par différentes spécialités : ostéopathe, shiatsu, physiothérapie… chaque cheval possède sa sensibilité à l’une ou l’autre des méthodes.

  • Ce que je préconise : faire en sorte d’avoir un cheval délié, en utilisant la méthode ou le•la praticien•ne qui lui conviendra le mieux.

Vous êtes LA personne qui observe le plus votre cheval. Vous le connaissez probablement par cœur, ainsi que ses réactions – à part s’il vient de vous rejoindre. Vous n’avez pas encore de selle ? Et si vous le travailliez à pied ? Ce travail n’est pas du temps perdu : vous commencez ainsi le travail de musculation nécessaire à l’acte de porter un•e cavalier•e sur son dos. Avec des séances régulières, la locomotion se régule, l’équilibre s’améliore, la dissymétrie naturelle s’atténue.

  • Ce que je préconise : apprenez à le décoder ! En travaillant à pied, en longe, aux longues rênes, etc. vous serez beaucoup plus à même de comprendre ce qu’il aime ou n’aime pas lors des essais de selle. De plus, si cet essai est fait sur un cheval qui est déjà dans son état physique optimal, vous éviterez le passage trop fréquent de l’ergonome par la suite.

Comme d’habitude, je n’oblige personne à tout appliquer au pied de la lettre. Mon propos est surtout de mettre en avant le fait que mettre une selle sur un cheval, ça n’a rien d’anecdotique. Par un effet domino, un petit détail (changement de granulé, vermifuge oublié ou encore une contracture quand on approche la main du passage de sangle) peut avoir de grandes conséquences sur le physique d’un cheval et, donc, sur l’adaptation de sa (future) selle.

Avant un essai de selle, il est donc recommandé d’avoir un cheval dans le meilleur état possible, celui qu’on va rechercher tout au long de sa vie.

Selon moi, cela passe par de nombreux critères : ceux évoqués ci-dessus, mais aussi bien d’autres, que j’évoque largement dans le chapitre « Ergonomie et prévention » de mon programme « Les fondamentaux du saddle-fitting ». L’alimentation, l’hébergement, les personnes qui s’occupent de la pension, l’élevage, la façon de travailler… sont autant d’éléments qui vont façonner le mental et le physique d’un cheval, et donc auront une incidence sur le choix de sa future selle.

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