C’est la base de l’équipement, l’un des premiers achats du•de la cavalier•e. Couleurs, formes, matières… Le choix est pléthorique. Choisir un tapis de selle est bien souvent une affaire d’esthétique : ce rouge grenat et cette cordelette nougat sont faits pour habiller votre cheval ! Mais au fond, qu’est-ce que c’est, un bon tapis de selle ?

Initialement, le tapis est là pour protéger la selle. Les Anglais, champions du monde (ou presque) de saddle fitting, ont eu pendant très longtemps pour tradition de ne pas en employer, et posaient la selle à même le dos. Mais le cuir étant fragilisé par la transpiration, il vaut tout de même mieux en mettre un.

On peut s’en passer notamment dans les épreuves de hunter, qui proscrivent les tapis visibles (les cavalier•e•s utilisent alors un tapis en forme de selle ou… pas de tapis du tout), ou certaines épreuves d’élevage chez les cavaliers anglo-saxons. Le but de ces épreuves étant de valoriser le cheval, il faut que le harnachement soit le plus discret possible, et coordonné au maximum à la robe du cheval. Dans ce cas – comme dans la vie – il est préférable que la selle soit bien adaptée au cheval et que les matelassures soient en bon état et suffisamment épaisses pour amortir les chocs du•de la cavalier•e sur le dos de sa monture.

Et puis malgré tout, le cuir à même le poil, c’est quand même pas si confortable que ça pour les chevaux. Pendant quelques temps, au début de ma carrière de fitting, je faisais les essais montés sans tapis, jusqu’à ce qu’un certain trotteur alezan au caractère bien trempé me démontre par A + B et en tapant du pied par terre que non, sans tapis entre sa selle et lui, il ne bougerait pas d’un poil.

À la réflexion, ce brave cheval avait tout à fait raison. Mettez des chaussures en cuir rigide sans textile entre elles et vos pieds : c’est diablement inconfortable ! Donc, les tapis de selle sont aussi là pour ça : amener un peu de confort de contact entre la selle et le cheval. Ils absorbent une partie des micro-frictions cutanées, et renforcent le sentiment de moelleux.

Grâce à ce cheval, je ne fais donc plus jamais de fitting dynamique sans tapis, histoire de ne pas générer d’artefact dans les essais.

Il existe principalement deux formes de tapis de selle :

  • Les tapis en forme de selle, prévus pour être discrets, qu’on voit beaucoup en hunter
  • Les chabraques, plus voyants, et souvent mis à profit par les sponsors pour faire du cheval un panneau publicitaire vivant. Ils existent en plusieurs tailles et formes (poney, dressage, mixte…)
Eric Navet et son fameux tapis Mentos – Photo Le Parisien

La plupart des grands cavalier•e•s utilisant des chabraques, tout le monde s’est mis à faire de même et on trouve une majorité de ce modèle dans les selleries actuelles. Ils permettent aussi d’assortir son tapis à sa tenue et d’offrir une panoplie complète à son poney !

L’important dans le choix d’un tapis, c’est surtout sa découpe. Un tapis coupé tout droit, ça fera des surpressions sur le garrot, forcément (sauf, à la rigueur, si vous avez un cheval sans garrot du tout du tout). Le tapis doit donc avoir une bonne découpe au niveau de la colonne vertébrale, et épouser la courbure du dos pour éviter toute pression.

Ça c’est non, par exemple

La taille et la forme ont une importance :

  • Trop petit et donc court, le bord du tapis risque de se retrouver sous certaines zones d’appui de la selle, et de créer des pressions. C’est d’autant plus ennuyeux en présence d’une cordelette décorative.
  • Trop grand ou d’une forme inadaptée (par exemple, un tapis de CSO sous une selle de dressage), il risque de dépasser à l’avant (le flot des rênes, voire les mains s’accrochent alors dans le tapis) ou de ne pas protéger l’ensemble de la selle.

Choisir un tapis de selle à la bonne taille (qui dépasse de la selle), avec la bonne découpe (celle qui épouse la courbure du dos et du garrot) et la bonne forme (celle du type de selle utilisé) est donc primordial.

Le bord du tapis doit dépasser de la selle

Pensez à dégarrotter aussi bien devant que derrière, en gardant la selle centrée !

Les passants de sangle (en bas du tapis) sont utilisés pour maintenir le tapis à sa place et lui éviter de reculer. C’est logique.

Les passants à l’avant, en revanche, sont souvent délaissés. Moi-même, avant de réaliser leur utilité, je les coupais. En réalité, ils s’utilisent pour solidariser le tapis à la selle, et l’empêcher de s’écraser sur le garrot. Logique, en fait ! Ils ne servent donc pas seulement à empêcher la selle de reculer, mais ont bien une fonction primordiale pour éviter frottements, blessures et surpressions. Si vous avez une selle à double quartier et des passants longs, attachez-les aux contre-sanglons en les faisant passer sur le haut du faux quartier, au-dessus du taquet. Faites attention à ce qu’ils soient tendus de façon égale à droite comme à gauche du cheval.

Si vous avez une monoquartier à sanglage attaché au bas du quartier, vous pouvez attacher les passants longs à vos étrivières. Mais de plus en plus, les fabricants optent pour des passants courts, qui s’attachent aux crampons de martingale (le nom savant des anneaux du collier de chasse).

Le système Saddle-fix, proposé par Mattes, a la même utilité grâce à l’utilisation de crochets empêchant le tapis de s’aplatir sur la colonne y compris à l’arrière de la selle. Encore faut-il que la conception de la selle permette de l’utiliser, ce qui n’est pas toujours le cas.

La plupart du temps, les tapis basiques sont en coton simple ou mixé avec du polyester, doublés de ouate de cellulose. C’est très bien, c’est une matière qui se lave facilement et qui est hypoallergénique. Problème : ça absorbe la sueur au bout d’un certain moment, et ça traverse. Donc si on a un cheval qui transpire beaucoup et une selle en cuir, il faut rester vigilant sur l’état des matelassures, ou utiliser un tapis plus efficace.

Les doublures en nid d’abeille sont censées être plus respirantes, et d’après certains témoignages, font moins transpirer ; mais bon, c’est pas non plus révolutionnaire. C’est même un peu passé de mode, je crois #boomer.

Les tapis en peau de mouton sont les plus respirants et hypoallergéniques, ils ajoutent une fonction « amortissement » mais demandent plus d’entretien (brossage, nettoyage à la main et lessive spéciale), et peuvent rajouter trop d’épaisseur sous la selle. Ils ne sont donc pas à recommander pour tous les chevaux, ni à tou•te•s les cavalier•e•s (surtout les allergiques à l’entretien). Ce commentaire vaut aussi pour les tapis en mouton synthétique style VetBed.

Pour ce qui est des tapis synthétiques, type mesh 3D ou Sympanova, on peut aussi avoir des problèmes d’épaisseur, rapport à l’amortisseur intégré, et certains chevaux exècrent ce contact sur leurs poils, ce qui entraîne des « problèmes de comportement » (ils disent juste qu’ils n’aiment pas, quoi). En revanche c’est super pratique, et ça reste sec longtemps. Il faut donc tester pour être sûr•e. Au moindre doute (échauffement, apparition de poils blancs, gonfle… ou cheval qui se couche, true story), on arrête l’expérience !

Quelle que soit leur matière, il est indispensable de stocker convenablement vos tapis entre chaque utilisation pour leur permettre de sécher et éviter la prolifération de bactéries, qui apprécient les milieux humides et chauds.

Puisqu’on parle d’hygiène :

  • Pensez à brosser vos tapis le plus régulièrement possible après utilisation, pour enlever les poils morts et la poussière
  • Lavez-les avant qu’ils ne tiennent debout tout seuls à cause de la crasse, siouplai (en vrai, ça dépend de vos chevaux, de la fréquence de monte, de la température extérieure et de la transpiration)
  • Pour les laver : lessive la plus neutre possible pour les tapis coton, lessive spéciale pour les articles en peau de mouton (la lessive Mattes ou rien)

Parce que oui, un tapis sale, c’est un tapis qui blesse, n’oubliez pas. Vaut aussi pour la sangle, les guêtres, les couvertures et tout autre textile en contact avec le cheval.

Comme dit plus haut, plus le tapis est épais, plus il modifie l’adaptation de la selle – et notamment risque de rendre la gouttière trop étroite, selon la fameuse métaphore de la chaussette de ski dans la chaussure ajustée. L’épaisseur ne permet donc absolument pas de rendre le tapis, la selle et le•la cavalier•e plus agréables au cheval – ce n’est pas l’épaisseur qui crée le confort, donc penser qu’un tapis bien épais et moelleux sera plus confortable qu’un tapis fin, ce n’est pas vrai intrinsèquement. Ça le devient seulement si la selle permet d’utiliser un tapis épais (et sur les chevaux ronds, les tapis épais sont facteurs d’instabilité latérale. Je dis ça, je dis rien).

Enfin, pour l’anecdote, acheter une selle « close contact » pour multiplier les couches de tapis et d’amortisseurs en dessous, ça n’a pas de sens. Gardez bien à l’esprit qu’une selle « close contact », ça s’utilise pour des chevaux dont le dos permet l’utilisation d’une telle selle – soit un dos bien musclé et peu anguleux. Et quel que soit le tapis.

Je ne jugerai pas ici les goûts et les couleurs : tout est possible !

En revanche concernant les galons et autres liserés, ils peuvent créer des problèmes de frottement et de dépilation, le plus souvent juste derrière la selle sur la colonne vertébrale, quand ils ne sont pas bien dégagés dans la gouttière. Ils frottent, parce que la selle a forcément un mouvement latéral (même infime) dû au jeu des muscles dorsaux du cheval en contraction – extension et à la latéroflexion de la cage thoracique. Il est donc important de vérifier qu’aux endroits où la décoration est la plus épaisse, il n’y aura pas de risque de pression ou frottement.

Le tapis de selle a beau être un basique parmi les basiques, il a donc toute son importance dans l’ergonomie générale du matériel équestre. On retiendra trois points fondamentaux dans votre choix :

  • Une bonne découpe au niveau de la colonne vertébrale
  • Des passants de sanglons bien situés
  • Une épaisseur en adéquation avec l’adaptation de la selle

Vous avez désormais toutes les cartes en main pour choisir un tapis de selle adapté à votre cheval. Et pour la couleur… faites quand même gaffe à la fracture rétinienne !

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