Avoir une selle confortable n’est pas toujours la priorité du•de la cavalier•e. En tant que saddle-fitters, on entend trop souvent nos client•e•s nous dire : « tant que la selle va à mon cheval, je m’adapterai ». Même si cette réflexion part d’un bon sentiment, le fait de privilégier le confort de son cheval au détriment de celui du•de la cavalier•e est contre-productif. Pourquoi ?

La position du cavalier dans la selle détermine son confort.

Quand vous vous asseyez dans votre selle, vous devriez avoir la même impression que lorsque vous portez votre jean préféré. Vous devriez être libre de vos mouvements, sans frottement désagréables et sans être serré•e.

La notion de confort est très personnelle. Émile Brager, auteure du livre Techniques du voyage à cheval (dont je recommande la lecture, que vous pratiquiez la petite balade comme la grande randonnée), fait notamment une distinction entre le confort de souplesse et le confort de forme.

Le confort de souplesse est décrit comme l’accumulation sous les fesses de matériaux amortissants (mousses, gels, etc.).

Le confort de forme, lui, concerne l’adéquation de la forme de la selle à l’anatomie du•de la cavalier•e. C’est ce confort de forme qui permettra une position idéale et sans effort pendant une longue durée, même si le confort de souplesse est réduit.

En réalité, le confort de souplesse, même s’il est agréable au début, ne sauvera pas une conception inadaptée, et entraînera des désagréments sur le long terme. Ce qui n’est pas ce que l’on recherche lorsqu’on monte à cheval. Et encore moins lorsque l’on voyage à cheval, assis dans la même selle pendant des heures, des jours, voire des mois.

Le confort, donc, est déterminé par la forme de la selle et non par sa souplesse. M. Guichard, sellier d’extérieur et d’expérience, faisait déjà ce constat en 2002.

Pour vérifier que votre selle sera confortable sur le long terme, on peut observer différents critères :

  • L’assise du•de la cavalier•e doit se faire au milieu du siège, c’est-à-dire qu’il doit y avoir autant de place devant que derrière lui•elle.
  • Les ischions et le périnée doivent être au contact du siège de la selle, muscles relâchés.
  • L’orientation du fémur du•de la cavalier•e doit permettre à l’intérieur de la cuisse d’être posé, au contact, sans que les genoux soient serrés. Les éventuels plis présents sur le pantalon d’équitation peuvent aider à remarquer un souci d’orientation.
  • La selle doit soutenir la jambe, sans que le genou soit accroché au quartier ou au taquet.
  • L’arrière de la selle doit soutenir la cuisse, mais attention, les ischions ne doivent pas chevaucher le bord de l’arçon. Si tel est le cas, la selle est probablement trop étroite.
  • La jambe doit être contenue dans le quartier. Si le haut de la botte n’est pas au moins à un travers de main du bord du quartier, ce dernier est probablement trop court.
  • L’avant du quartier et la cuisse doivent être parallèles.
  • Le taquet avant ne doit pas être plus bas que la rotule, et son angle doit lui aussi être parallèle au fémur (suivi par la couture du pantalon). Il ne doit pas gêner le•la cavalier•e.
Le siège de la selle de cette cavalière est trop petit et rend la selle inconfortable.
Le siège de la cavalière est ici trop étroit
Le siège de la selle de la cavalière est à la bonne taille : la selle est confortable.
Là, le siège est à la bonne taille

Ces observations pratiques permettent de déterminer factuellement si une selle peut être confortable pour le•la cavalier•e qui l’utilise, et d’optimiser le confort de forme. Et si le confort de souplesse est insuffisant, il est possible d’utiliser un dessus de selle (ou sur-selle, ou couvre siège) en gel ou en mouton. Ce type d’accessoire réduit cependant légèrement la taille du siège, il faut en tenir compte avant de l’utiliser.

J’ai accompagné il y a quelques temps Clémence, une cavalière de dressage d’un bon niveau, et son compagnon de toujours, un lusitanien de 18 ans. Clémence souffrait d’un désagrément particulièrement gênant : elle ne pouvait pas passer plus de quinze minutes en selle sans se blesser le fondement à sang. Dans ces conditions l’équitation n’est pas du tout une partie de plaisir et plus d’une aurait abandonné l’équitation.

Mais elle continuait à s’acharner, vaille que vaille. En désespoir de cause, il y a trois ans, elle a fait fabriquer une selle de dressage sur mesure par un sellier. À voir comme ça, la selle est très belle, bien équilibrée, ne présente pas d’asymétrie. En regardant la cavalière, je vois que le sellier a bien pris ses mesures, “ça colle”.

Sauf que le sellier n’a pas du tout pris en compte la morphologie très particulière du Lusitanien qui, à l’instar de bien des ibériques, a une épaule très oblique et un passage de sangle minuscule. En plus, le cheval a un garrot prononcé. Donc la selle est fabriquée pour un dos bien tendu de cheval de dressage, avec un sanglage au centre de l’arçon très reculé, qui tombe au milieu du ventre de ce grand cheval.

Ce qui se passe donc, c’est que Clémence n’a pas d’autre choix que de seller sur le garrot pour aligner le sanglage sur le passage de sangle. Cela coince les épaules, comprime les muscles dorsaux, et met le cheval dans l’inconfort. Et comme la selle est perchée le pommeau, dix cm au-dessus du troussequin, je vous laisse imaginer ce que ça peut faire au “devant” de la cavalière.

Cela m’amène à cette conclusion : quand une selle n’est pas adaptée au cheval par sa conception même, elle aura beau avoir été faite sur mesure pour le cavalier, ça n’ira JAMAIS.

Ma proposition a été la suivante : j’ai pris une selle de dressage d’essai au design adapté à la morphologie du cheval (panneaux compensés à l’arrière, sanglage à la pointe de l’arçon) mais absolument pas “sur mesure” pour qui que ce soit (et à mon goût pas la plus confortable de la terre). Je l’ai équilibrée de sorte à ce que ni devant, ni derrière, la cavalière ne soit gênée…

Le rôle du saddle fitter dans le choix d'une selle confortable est primordial.

Et Clémence et son cheval nous ont offert un joli répertoire de pas étendu, de trot de travail, d’appuyers et de galop moyen (qu’elle n’osait plus demander depuis longtemps), le cheval étant délié, et la cavalière tellement dans son cheval qu’elle ne pensait même plus à sa position (qu’elle a de fort élégante).

J’étais heureuse pour elle. Et admirative, parce que j’ai beau adorer monter à cheval, je pense que je n’aurais jamais eu sa patience et son courage.

« Juste un petit mot pour dire un grand merci à Eugénie. J’ai acheté une selle sur ses conseils fin juillet mais j’ai tellement changé de selle avec le même cheval que j’étais à moitié convaincue. Bref, c’est tout simplement incroyable, mon cheval a changé du tout au tout et du coup moi aussi !!!

  • Premièrement, il n’y a plus de bataille entre nous pour la mise en main et ça c’est une révolution pour moi.
  • Ensuite, je suis bien assise dans ma selle, du coup je ne tire plus du tout sur les rênes (je sais, c’est incroyable).
  • De plus mon cheval ne baisse plus les oreilles lorsque j’arrive avec ma selle.

Bref, ce n’est pas psychologique, cette selle a changé nos relations entre mon cheval et moi. Désormais je peux galoper pendant un long moment sans me blesser. Je monte 4 fois par semaine minimum, chose qui était impossible auparavant puisque je me blessais constamment. Bref, merci Eugénie !! »

Une selle doit vous aider. Vous ne devez jamais lutter contre elle. Si vous luttez contre votre selle, c’est qu’il y a un problème. Parfois il faut en changer. Parfois, une simple correction de tapis ou de sanglage, et vous êtes transformé•e. Et si la selle doit d’abord être adaptée au cheval avant de vous être adaptée à vous, c’est qu’il y a une raison : c’est son équilibre sur le dos du cheval qui fera qu’elle vous va… ou pas. Le sujet vous intéresse ? Je l’aborde et le développe dans le module 4 du programme « les fondamentaux du saddle-fitting », au chapitre « Savoir si la selle va au cavalier ».

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