Avoir une selle adaptée devient, progressivement mais nettement, une pratique qui se répand. Si les cavalier•e•s sont de plus en plus sensibilisé•e•s au saddle-fitting et à l’ergonomie équestre en général, il reste un détail qui peut tout changer : le placement de la selle sur le dos du cheval. En effet, à quelques centimètres près, une selle parfaitement adaptée peut devenir une selle mal placée responsable d’inconfort, de blessures, voire de boiteries. C’est d’autant plus dommage que le•la cavalier•e aura investi du temps et de l’argent pour acquérir la selle idéale, sans en profiter !
Pourquoi le placement de la selle est capital pour votre cheval ?
70 % des cavaliers ne positionnent pas correctement leur selle
La selle la plus adaptée du monde ne peut pas le rester si elle est mal positionnée sur le dos du cheval. Tout saddle-fitter en activité vous le confirmera : la proportion de cavaliers qui ne placent pas leur selle au bon endroit est bien plus élevée que ce qu’on imagine !

La plupart des cavalier•e•s n’apprennent à seller qu’au galop 2, succinctement. Il est rare que le sujet revienne ensuite dans leur parcours de formation, y compris pour ceux•celles qui choisissent de professionnaliser leur pratique. À moins d’aller personnellement chercher des précisions et informations sur le sujet, les enseignant•e•s n’ayant pas bénéficié de conseils sur le placement optimal d’une selle ne sont donc pas en capacité de sensibiliser leurs élèves à cette problématique. Le cercle vicieux est instauré, et les selles restent mal positionnées.
Pourquoi seller au bon endroit est si important ?
Mal seller, c’est souvent seller trop en avant ; cela a un impact sur le travail, le physique et la santé du cheval concerné.
On retrouve différentes conséquences lorsqu’un cheval est mal sellé, même avec une selle qui lui convient au départ :
- Un inconfort, quand ce ne sont pas des blessures au niveau du garrot ou du dos du cheval
- Une locomotion qui peut être altérée
- Un équilibre défaillant pour la selle et, par extension, le cavalier qui ne sera plus à sa place
Tout cela pour quelques centimètres de décalage avec la position idéale… Quel dommage ! Une selle trop en avant a des répercussions nombreuses (détaillées ci-dessous), mais bloque principalement le garrot. Or, il s’agit d’une zoné clé dans la locomotion du cheval : le garrot bouge d’avant en arrière, mais aussi latéralement, comme l’explique très bien Patrice Franchet d’Espèrey dans son article – aussi passionnant que pédagogique – sur les oscillations du garrot. Le garrot est une première clé pour comprendre à quel point bien seller est un enjeu essentiel.
Quelles sont les conséquences d’une selle mal placée ?
Une locomotion dégradée par la simple position de la selle
On comprend, en lisant l’article ci-dessus, que le garrot bouge plus qu’on ne l’imagine lorsque le cheval est en mouvement. Il est donc évident qu’en verrouillant le garrot, on comprime toute la capacité de mouvement du cheval.
Cependant, le garrot n’est pas le seul à subir les conséquences d’une selle trop en avant. En effet, la selle est pourvue d’une arcade rigide prévue pour se placer en arrière de l’épaule. Si cette arcade est 10 cm en avant de sa place idéale, elle va bloquer le mouvement de bascule des omoplates. La conséquence ? Une diminution nette de l’amplitude des antérieurs. Quoiqu’en disent certains, l’arcade NE DOIT PAS reposer sur les épaules. Enfin, dommage collatéral, lorsque la selle est trop en avant, la sangle suit le mouvement. Elle se retrouve collée derrière les membres, empêche le jeu des pectoraux ascendants, et bloque l’avancée des antérieurs. Leur mouvement étant (une fois de plus) verrouillé, l’amplitude est forcément impactée.
Quel est l’impact d’une selle mal placée sur l’équilibre du•de la cavalier•e ?

Une selle (tout court, mais d’autant plus quand elle est sur mesure) doit être adaptée aussi bien au cheval qu’au•à la cavalier•e. L’enjeu principal, pour ce•tte dernier•e, est de bénéficier d’un équilibre idéal en fonction de sa morphologie et de l’utilisation qu’il•elle va faire de sa selle. Le saddle-fitter ou le sellier va donc lui proposer une selle sur laquelle, naturellement, son point d’équilibre va être centré, et il•elle aura une sensation de confort.
Cependant, à partir du moment où la selle est trop en avant, ce point d’équilibre bouge : le poids du•de la cavalier•e est balancé vers l’arrière, il•elle est renvoyé vers le troussequin. Il•elle est gêné•e : par conséquent, il•elle cherche sa place, manque d’aisance et renforce l’inconfort de sa monture.
Rétivité, boiterie, blessure : de lourdes conséquences pour le cheval mal sellé
Les muscles dorsaux, et plus spécifiquement les longs dorsaux, participent activement à la locomotion : leur rôle est de transmettre l’énergie des postérieurs vers les antérieurs. Mais si la selle est en avant, le poids du cavalier bloque ces muscles, et par conséquent l’énergie ne circule plus. On constate que le cheval perd son impulsion, se tracte avec ses antérieurs – généralement bloqués également.
Le premier réflexe ? Forcer son cheval à aller de l’avant, pour tenter de récupérer l’impulsion perdue. Comme il force sur un blocage, il se fait mal. Soit il réagit et est catalogué comme difficile ou rétif, soit il ne dit rien et subit en silence, son mental et son physique se détériorant rapidement. La spirale infernale se met en place : séance ostéo, boiteries, tendinites, infiltrations du dos, échographie, cheval arrêté, radios… Tout ça à cause d’une selle mal placée.
Comment bien positionner sa selle ?
Quand on connait les conséquences d’une selle mal posée, on comprend mieux l’intérêt de se former à bien seller. Trouver les repères utiles peut prendre quelques minutes les premières fois, mais ce temps n’est pas perdu et vous évitera de nombreux problèmes.
L’omoplate, repère anatomique incontournable pour bien seller
Pour être certain•e de ne pas placer votre selle trop en avant, vous devez tout d’abord identifier l’omoplate. Cet os plat se situe au-dessus de l’épaule, et bouge de deux manières : d’avant en arrière, mais aussi par une rotation vers le haut et l’avant. Deux bonnes raisons de le libérer de toute pression de la selle.

Trouver l’omoplate consiste à palper le haut de l’épaule de votre cheval, et suivre le bord de l’os (enfin, plus exactement, du cartilage scapulaire) avec vos doigts. Vous allez finir par rencontrer la ligne des côtes : vous êtes arrivé•e au point le plus reculé de l’omoplate. C’est ce point qui marque la limite avant de la selle : elle doit impérativement être derrière.
Si vous perdez vos repères visuels en présence du tapis, voici une astuce qui fonctionne la plupart du temps :
- Identifiez la zone, à la base de l’encolure, où les crins s’arrêtent et deviennent des poils,
- Placez le galon du tapis à cet endroit,
- Posez l’amortisseur ou le correcteur si vous en utilisez un, puis la selle bien centrée sur le tapis.
La dernière côte, limite anatomique à ne pas dépasser
Théoriquement, si vous avez trouvé le repère à l’avant, et que votre selle est derrière, vous avez évité le problème le plus courant. Il est plus rare de voir une selle trop reculée au moment du sellage. Cependant, le repère à l’arrière est très utile dans deux cas :
- Pour constater que la selle recule au fil de la séance
- Pour vérifier que la selle n’est pas trop longue pour votre cheval
Il faudra, pour trouver ce repère, partir de la pointe de la hanche à la recherche de la dernière côte. Laissez glisser vos doigts vers l’avant, en enfonçant légèrement. Lorsque vous rencontrerez une résistance osseuse, vous avez atteint la côte. Vous n’avez plus qu’à remonter le long de cette côte jusqu’à ce qu’elle ne soit plus palpable, parce qu’elle passe sous les muscles. Depuis ce point, tirez une ligne perpendiculaire au sol : vous avez tracé la limite arrière de la selle.
Il ne faudra pas reculer la selle au-delà de cette limite, la zone concernée n’étant pas conçue pour porter du poids. Elle peut en revanche supporter le matériel, si (et seulement si) ce dernier a seulement un contact (sans appui ni transfert de poids).
Deux points de repère pour une selle bien placée
En toute logique, une fois que vous avez identifié vos deux repères, vous placerez naturellement la selle entre les deux. Vous serez alors sûr•e qu’elle ne gênera pas votre cheval, et d’utiliser tout le potentiel de votre matériel sans inhiber celui de votre cheval.

Attention cependant : si vous ne pouvez pas respecter ces repères (lorsque la surface portante dépasse de la zone préconisée), c’est que votre selle est potentiellement trop longue. N’hésitez pas à demander l’avis de votre saddle-fitter.
L’impact de la position de la selle sur le travail du cheval
Le centre de gravité du cheval est plutôt positionné vers son avant-main que son arrière-main. Il y a plusieurs raisons à cela :
- Le cheval porte environ 60 % de son poids total sur les antérieurs
- Il n’est pas pourvu de clavicules pour soutenir son thorax (tandis qu’à l’arrière, les articulations sacro-iliaques forment un point d’ancrage efficace)
- En plus de son propre poids, celui du cavalier, de la selle et des équipements repose également sur les antérieurs
Porter un cavalier, quelle que soit l’activité pratiquée, demande une adaptation physique pour le cheval. On va donc passer par un travail musculaire qui peut être long et fastidieux, et qui permettra d’améliorer progressivement son gainage et la flexion de l’arrière-main ; et donc sa capacité à porter tout en améliorant son équilibre.
Beaucoup de cavaliers n’ont pas conscience du fait qu’ils sont – littéralement – un poids pour leur cheval. On se retrouve donc avec des chevaux insuffisamment entraînés dans leurs corps et dans leurs muscles en vue de s’acquitter de cette tâche, simple en apparence seulement. Le cheval de selle, à partir du moment où il est monté, est et doit être considéré comme un sportif (danseuse dans certains cas, sprinters dans d’autres, parfois haltérophile ou champion du lancer de marteau). Il y a très souvent une mauvaise compréhension de ce que le cheval doit faire pour porter un humain sur son dos, et de nombreuses méthodes d’entraînement font souvent plus de mal que de bien.

Il est indispensable de bien positionner sa selle afin de ne pas surcharger encore plus l’avant-main. Néanmoins, préparer le physique de son cheval pour porter un cavalier est tout aussi important.
Vérifier l’ergonomie du matériel est un point essentiel dans la santé, l’intégrité physique et le travail de votre cheval. Vous aimeriez aller plus loin dans vos connaissances en saddle-fitting ? Le programme « Les fondamentaux du saddle-fitting » aborde le sujet du bon placement de la selle dans son module « Conception et adaptation de la selle ». Il vous apportera :
- Une réelle autonomie dans votre analyse de l’ergonomie de votre matériel
- Des connaissances en saddle-fitting que vous pourrez utiliser et transmettre à vos élèves et cavaliers
- Une méthodologie qui vous fera gagner en confiance dans l’utilisation de votre matériel
