S’il y a un sujet qui a bien évolué ces dernières années dans le monde du cheval, c’est celui de l’amortisseur. Son utilisation était quasi-systématique dans les années 2000. Accessoire de mode choisi pour son look plutôt que son utilité, il a subi un revers lorsque le saddle-fitting a commencé à se démocratiser en France. Il est alors devenu une sortie d’interdit, ayant pour seule vocation de masquer un problème de selle inadaptée. Il est temps de démêler tout ça : utiliser un amortisseur, bonne ou mauvaise solution ?

Une selle, c’est un siège, des quartiers, mais aussi et surtout des matelassures dont le rôle est par définition amortissant. Les panneaux, qu’ils soient en laine, en mousse ou autre, ont déjà une vocation d’amortissement : ils distribuent régulièrement le poids sans créer de points de compression particuliers et en permettant un fonctionnement idéal de l’épaule, des processus épineux, des muscles, etc. Alors si tout se passe bien, que le cheval ne montre pas de tension ou de douleur, que les traces de transpiration de la selle sur son dos sont uniformes et symétrique, pourquoi chercher forcément à faire « mieux » ? Est-ce que « le mieux est l’ennemi du bien » ?

Plus la selle a un contact large avec le dos du cheval, plus le poids est réparti. À l’inverse, plus la surface portante est réduite, plus le poids est concentré. C’est comme quand on porte un sac de course sur l’épaule : si la lanière du sac est fine, elle vous rentre dans la peau et vous fait mal. Si elle est large, le poids est mieux réparti, c’est plus supportable.

Sur une selle juste, voire trop serrée, l’amortisseur ne fait que renforcer les points de pression. Il faut donc s’assurer, avant d’ajouter un amortisseur, que les principes d’équilibrage de la selle sont respectés : pas de compression, un siège toujours horizontal et des contre-sanglons bien verticaux.

Le plus simple pour comprendre le rôle de l’amortisseur est de comparer la selle à une chaussure, et l’amortisseur à la chaussette. Imaginez maintenant que vous portez des chaussures en cuir, à votre taille, parfaitement confortables avec des chaussettes classiques en coton. Que se passe-t-il si vous enfilez des chaussettes de ski avec les mêmes chaussures ? Le cuir autrefois ajusté est maintenant beaucoup trop serré, vos orteils souffrent, ça pince derrière le talon, c’est insupportable.

On pourrait croire que c’est l’épaisseur (de la chaussette comme de l’amortisseur) qui provoque le dérèglement. Or, on peut avoir exactement la même réflexion en imaginant des chaussures de randonnée avec des socquettes. L’idée est surtout d’adapter la chaussette à la fois à la chaussure, et à l’activité prévue. Et l’amortisseur à la selle, ainsi qu’à la pratique concernée.

Votre selle est parfaitement ajustée, vous n’avez aucun souci lors de son utilisation ? Un tapis (bien coupé et dégageant la colonne vertébrale) suffit ! Vous ressentez un inconfort qui s’estompe quand vous utilisez un amortisseur ? C’est possible. Il y a des cas où il peut, même avec une selle bien adaptée, s’avérer utile.

Il existe de nombreuses raisons pour qu’un•e cavalier•e manque de fixité :

  • Petit niveau équestre
  • Fragilité du dos du•de la cavalier•e
  • Cheval inconfortable
  • Cheval ayant une grosse locomotion, notamment en dressage

Dans tous ces cas, et d’autant plus si le•la cavalier•e est lourd•e, un amortisseur peut permettre de mieux absorber les chocs ; ceux subis par le cheval comme par le•la cavalier•e. Tous deux profiteraient de cette couche supplémentaire dans des situations (instabilité, diagonale au trot moyen, allures très rebondies…) où le risque de secousse impactant le dos est élevé. Un confort dont il serait dommage de se passer, au risque d’affecter la santé du couple.

Certains chevaux ont le dos particulièrement délicat. Ça peut être dû à une pathologie qui induit des crispations de part et d’autre de la colonne, comme un conflit de processus épineux. C’est également le cas de chevaux que leur état émotionnel, leur passé ou encore leur génétique rend particulièrement sensibles.

Dans ce cas, un confort supplémentaire est souvent appréciable et peut changer la perception que le cheval a de sa relation avec sa selle, et son•sa cavalier•e. Un amortisseur, ou encore un tapis doublé d’une peau de mouton, pourrait alors être un bon moyen de respecter la sensibilité de ces chevaux à fleur de peau.

Le cas des chevaux de sport de haut niveau est particulier. En CSO par exemple, ces chevaux peuvent être amenés, lors d’un championnat, à sauter plusieurs tours de 140 en trois jours. Les pressions subies par le dos du cheval, notamment lors des réceptions, sont énormes.

L’amortisseur possède de nombreuses qualités, parmi lesquelles une capacité à gommer les petits points de pression, et à agrandir la surface portante de la selle (si la conception de cette dernière permet d’ajouter une épaisseur). Si ces qualités n’ont pas d’impact significatif dans le cas d’un cheval de loisir, on admettra que lorsque le cheval est destiné à produire des efforts de saut importants, lui mettre un amortisseur peut soulager son dos.

Dans la majorité des cas, une selle adaptée se suffit à elle-même. L’ajout d’un amortisseur ne devrait pas être automatique, et répond à une problématique précise. Il existe bien des situations dans lesquelles l’amortisseur peut être utile, même lorsque la selle est adaptée. Des études scientifiques mais aussi l’expérience de certain•e•s cavalier•e•s, épaulé•e•s de leur saddle-fitter, ont démontré qu’il avait parfois la capacité de limiter les pressions subies par le dos, et donc d’améliorer le confort du cheval comme celui du•de la cavalier•e.

Cependant, son utilisation doit être raisonnée et réfléchie. Comme souvent lorsqu’on parle de matériel équestre, il est important de se renseigner pour choisir un matériel adapté à votre cheval, de bonne qualité, et bien réglé ou ajusté. Dans le cas contraire, vous pourriez – en voulant bien faire – provoquer des crispations voire des douleurs… Parce que vous avez voulu les éviter !

Vous avez une bonne raison d’utiliser un amortisseur ? Il ne reste plus qu’à choisir celui qui conviendra à votre problématique.

En bref, et comme souvent, la réponse n’est pas si évidente. Utiliser un amortisseur peut être une super solution, comme un risque d’aggraver certains problèmes.

Choisir son matériel équestre – amortisseur ou autre – dépend de nombreux éléments : selle, anatomie du cheval, profil du•de la cavalier•e, tapis et bien d’autres. Vous vous posez des questions sur tous ces sujets ? ils sont évoqués dans notre programme « Les fondamentaux du saddle fitting » : si vous êtes en quête de connaissances, il répondra à vos interrogations !

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