Le débat existe depuis des décennies : pour la selle de votre cheval, vous préférez des matelassures mousse ? Ou laine ? Ou encore à air ? J’ai eu de nombreuses occasions de faire des tests, de découvrir ce qui me parlait vraiment à l’usage tant personnellement que pour mes clients équins. Ma quête ? Des chevaux déliés, qui passent leur propulsion par le dos, et qui portent leur cavalier•e dans l’idée de la « Durchlässigkeit » allemande, qu’on pourrait traduire par « un cheval franchi ».
Je suis tombée sur une série d’articles, écrits par la cavalière de complet américaine CJ Millar, pour le site Eventing Nation en 2016. Ces articles comparent les différents matériaux utilisés dans les matelassures des selles de l’époque. J’ai trouvé intéressant et pédagogique de partager ce témoignage d’utilisatrice, ce qui est toujours drôlement plus sympa que de se tarter des kilomètres de jargon professionnel. Alors, est-ce que CJ est plutôt #TeamLaine ou #TeamMousse ? Vous allez tout savoir !
La quête des matelassures parfaites pour CJ Millar : l’air, le point de départ
CJ Millar a toujours eu beaucoup de chevaux (entre 2 et 9 simultanément), à une époque où, pour des raisons de budget notamment, il n’était pas question d’avoir une selle par cheval. Les panneaux en mousse semblaient lui offrir ce dont elle avait besoin : quelque chose qui va globalement à tous les chevaux, de l’AQPS insellable au Quarter Horse trapu et musclé, en passant par une sélection variée de chevaux de sport au sang plus ou moins bleu.

C’est du moins ce qu’elle croyait.
Lorsque, juste après la fac, elle a acquis son 2ème cheval, elle s’est retrouvée avec un AQPS avec un très haut garrot, qui n’avait rien à voir avec le Quarter Horse qui a accompagné son enfance. Il n’y avait aucune chance qu’ils puissent être habillés de la même façon.
Après avoir envoyé par fax (nous somme alors en 1998 !) des tracés relevés sur le dos de son cheval et appelé des fabricant•e•s de selles un peu partout dans le monde, elle a opté pour ce qui lui semblait être le meilleur compromis entre ses deux chevaux, tout en restant dans son budget : une selle équipée d’un système d’arcades interchangeables et de matelassures remplies d’air (type Cair).
À cette époque, elle se sentait à la pointe de la technologie : modifier soi-même l’ouverture de garrot d’une selle avec des matelassures à air qui restaient adaptables à plusieurs chevaux, c’était tellement cool ! Mais plus les années ont passé, plus elle a réalisé que ces super panneaux n’étaient pas si fous, et que ces arcades en métal créaient plus de problèmes que ce qu’elle aurait pu penser.
Les matelassures en mousse : compromis idéal pour habiller plusieurs chevaux
Est alors venu l’âge de la maturité, et CJ s’est lancée dans LE grand investissement : une selle française sur mesure.
À la fois excitée, nerveuse et hyper contente (CJ n’avait jamais dépensé plus de 1 500 $ dans une selle jusque-là !), elle avait découvert lors de ses essais une solution chez un sellier français, qui fonctionnait pour ses cinq chevaux de l’époque, et qui prenait également en compte sa morphologie de cavalière. Avec un fémur très long et un petit mollet, mesurant elle-même 1m60, elle avait besoin de quartiers courts avec beaucoup de projection et d’étrivières taille enfant.
Trouver une selle « prêt-à-porter » qui correspondrait à ces besoins était impossible. À l’époque, elle commençait les épreuves de hunter et la chasse à courre de façon occasionnelle, et elle a constaté qu’un quartier standard ne lui rendait pas justice, ainsi qu’au dos de son cheval : si elle voulait garder la jambe à l’intérieur du quartier, les fesses sortaient de la selle.
Quand LA selle est arrivée, elle l’a essayée sur son cheval de tête, le plus délicat. Il a immédiatement éjecté sa cavalière, puis après un moment de réflexion, a décidé que c’était bon pour lui. La jambe de CJ était parfaitement soutenue. Et pendant les années qui ont suivi, elle est restée sur son petit nuage. Elle a même écrit un article pour la revue The Plaid Horse, dans lequel elle expliquait ce qui l’avait fait passer dans la #TeamMousse, et qu’elle y serait fidèle à vie.
Presque quatre ans plus tard, CJ reprend les concours au plus haut niveau en CSO et CCE après deux ans de bataille contre la maladie de Lyme, contractée par son cheval. Après des traitements à n’en plus finir, les analyses sont enfin négatives ; son alimentation a été ajustée au plus précis avec des compléments, et voilà ! il bouge de nouveau comme avant – il a même sauté une barrière de 1m20 juste pour pouvoir aller brouter de l’autre côté.
Ils se sont donc remis au travail, mais seulement, quoi qu’elle fasse en selle, CJ n’arrivait pas à faire bouger son cheval comme à la longe. Et puis ça lui au sauté aux yeux : il était mieux à cru…
Elle a alors récupéré sa vieille selle aux panneaux remplis d’air, et son cheval s’est montré bien plus à l’aise avec, s’offrant même le luxe d’un changement de pied en l’air au-dessus d’un cavaletti de 60 cm juste pour le style. En comparant ses deux selles côte à côte, elle a remarqué que les matelassures en mousse s’étaient nettement durcies avec le temps, alors que l’air restait plus souple et moelleux. Allez, retour à la case départ.
CJ a donc, une fois de plus, repris sa réflexion sur les matelassures. Elle a lu que la mousse ne vieillissait pas forcément bien, perdant sa souplesse, et qu’en plus elle ne laissait pas respirer la peau et les muscles, entraînant une possible surchauffe du dos. Elle a aussi appris que faire changer ce type de matelassures ne coûtait pas moins de 500 $ (ndlr : on est désormais sur un minimum de 700 € en France en 2025 pour une nouvelle paire de panneaux), et immobilisait la selle plusieurs semaines (oups).
Les matelassures laine : un confort personnalisé inégalable
Idées reçues et réalités sur les panneaux en laine
Trouvant les matelassures remplies d’air trop « rebondissantes » pour le saut d’obstacle ou la chasse à courre, elle a alors commencé à s’intéresser aux matelassures en laine.
Après s’être renseignée activement sur les réseaux sociaux, et avoir été poussée aux fesses par quelques amies montant à haut niveau, CJ a planifié un rendez-vous avec la représentante locale d’une marque anglaise pour revisiter ce concept de #TeamLaine.

Elle a passé une journée entière à tester une vingtaine de selles, les unes après les autres, sur ses cinq chevaux. Voici les raisons qui l’ont amenée à cette démarche :
« Dans le passé, on m’a toujours dit que le problème avec les selles à panneaux laine, c’est qu’elles se conformaient au dos d’un seul cheval ; et que du coup, si vous vouliez utiliser une seule selle sur plusieurs chevaux, il fallait partir de la mesure du cheval le plus large pour l’ouverture de garrot et de panneaux en mousse qui se déformeraient moins que la laine, tout en offrant la protection nécessaire à l’absorption des chocs pour le dos des chevaux.
Cependant, les problèmes que j’ai rencontrés sont dus au fait que les panneaux en mousse de ma selle française adorée ne fonctionnaient sur aucune de mes chevaux, et j’étais vraiment perdue quant à la solution à apporter. Moi, j’y suis vraiment très bien, mais au mieux, mes chevaux ne bougent pas trop mal, au pire, mes chevaux les plus compliqués à seller ne bougent pas du tout et refusent complètement le travail. Tyler, mon cheval d’international, en a été l’exemple absolu : en longe, il bouge super bien, mais sous la selle, même avec éperons et cravache, il ne trotte même pas !
Or, une selle qui ne fonctionne vraiment pour aucun de mes chevaux, ça n’est pas très intéressant, d’où ma démarche et mes essais. » Grâce aux essais, elle a pu sélectionner les selles qui semblaient pouvoir fonctionner, puis a fait venir une ostéopathe pour être certaine que les chevaux allaient bien et ne pas fausser l’expérience.
Le test grandeur nature des matelassures laine
Elle a ensuite profité d’un clinic sur le saddle fitting pour mettre à l’épreuve ses théories : elle a emmené avec elle ses trois selles (matelassures en mousse, à air, en laine), avec des arçons de formes similaires et des ouvertures identiques, afin de voir vraiment ce que les chevaux (les siens et ceux présents lors du clinic) préféraient.

La journée s’est déroulée dans un centre équestre, et a été animée par la saddle fitter Anne Mary Bettenson. Cette dernière a commencé par montrer aux participant•e•s les différences de conception entre les trois selles, y compris sur le dos de Breezy, gentille jument Quarter Horse, à l’attache. Ils•elles sont ensuite passé•e•s à la partie « cheval monté ».
CJ a poursuivi l’expérience avec Breezy, qu’elle ne connaissait pas avant cette journée, comme monture test. C’était d’autant plus intéressant que Breezy n’était pas dressée en classique et n’avait probablement jamais connu de selle anglaise.
- Avec la selle à matelassures air, Breezy n’a pas eu l’air mécontente. Elle n’a pas compris tout de suite les aides du départ au galop, mais en utilisant les aides spécifiques au reining, tout s’est bien passé.
- Avec la selle à matelassures en mousse, Breezy s’est un peu agitée au moment de seller. À cause de la chaleur, des mouches, par impatience ? En réalité, dès que CJ s’est mise en selle, elle a compris que la selle posait problème : Breezy avait un pas étriqué, une expression faciale légèrement crispée. Son trot était haché, et demandait à être plus soutenu que lors du premier essai. Quand CJ a demandé le galop, la jument a couché les oreilles, fouaillé de la queue, galopé sur trois foulées et s’est arrêtée net. À la deuxième tentative, Breezy a dit « non ». CJ a mis fin à ce test, et est passée à la troisième selle.
- Avec la selle à matelassures laine, Breezy est restée calme au sellage. Son pas était similaire au premier test (avec la selle à matelassures air), son trot fluide et allant. Quand CJ a demandé le galop, elle a obtenu une transition montante magnifique, oreilles en avant. Sur la piste, la jument a d’elle-même commencé à tendre ses rênes, monter son dos et relâcher sa mâchoire. Pour un cheval qui n’était pas mis à l’équitation classique (étant cheval de western), c’était clairement un signe qu’elle était super à l’aise sous cette selle.
La laine, solution idéale pour CJ Millar
Après le clinic, CJ est rentrée chez elle en cherchant la pièce manquante du puzzle : son cheval, Tyler, par qui tout était arrivé. Il n’y avait pas eu d’effet « whaou » avec lui lors des essais, comme ça a été le cas avec Breezy. La visite de l’ostéopathe a révélé qu’il était douloureux au niveau de la cage thoracique, il a donc été mis au repos.

À l’issue de cet arrêt, CJ a ressorti la selle d’essai avec ses panneaux laine. Après l’avoir posée nue sur son cheval, elle a opté pour l’emploi d’un correcteur Mattes avec quelques cales, l’ouverture de l’arçon étant un peu grande pour Tyler. Bon point pour la selle : Tyler n’a pas cherché à se défendre pendant la préparation à l’attache – un vrai progrès !
Une fois en carrière, Tyler a commencé comme d’habitude à son allure de limace ; mais sans avoir besoin de l’intervention particulière de la jambe, il s’est détendu tout seul dans son pas. Son trot a été immédiatement plus en avant que jamais auparavant, et le galop… c’était un vrai galop ! Plein d’impulsion, les oreilles pointées, aucun coup de dos ou de cul. CJ s’est même amusée à sauter quelques petits obstacles, a profité des changements de pied que Tyler a proposés tout seul, et a fini sur un allongement génial tout autour de la carrière. En plusieurs années avec ce cheval, c’est la première fois que CJ l’a eu content et en avant comme ça.
Matelassures mousse ou laine, ou retour à l’air : les conclusions de CJ Millar sur les panneaux idéaux
Voici les postulats desquels CJ est partie :
- Les panneaux remplis d’air sont supposés ne jamais réellement se conformer à aucun dos, et être suffisamment résilients pour s’adapter à plusieurs chevaux ; mais ils sont connus pour être « rebondissants » (et certains chevaux ne les aiment vraiment pas).
- Les panneaux mousse sont réputés être valables pour les cavalier•e•s qui montent plusieurs chevaux avec une seule selle – comme CJ, d’où son achat – puisqu’ils ne s’adaptent à aucun cheval en particulier.
- Les panneaux laine offrent l’adaptation la plus fine, mais nécessitent d’être entretenus plus régulièrement.
Et voici les conclusions qu’elle a tirées de ses essais, expériences et recherches :
- Une laine de haute qualité a une grande résilience et peut être retravaillée aussi souvent que nécessaire pour accommoder des chevaux différents, ou les évolutions d’un seul cheval.
- Le rembourrage de la laine est bien plus abordable que la modification des panneaux mousse (aux USA, de 50 $ pour un petit ajustement et jusqu’à 300 $ s’il faut tout refaire – les tarifs sont similaires en France et en euros). Pour les petits ajustements, cela peut même se faire directement à votre écurie, donc pas de problème de selle bloquée en atelier pendant plusieurs semaines !
- Les panneaux air sont OK pour la plupart des chevaux sur le plat, à l’obstacle un peu moins (surtout sur de gros sauts), et ne sont pas particulièrement mauvais pour les chevaux.
- La mousse risque de durcir très vite dans le temps, et causer des problèmes de dos même quand la selle, analysée en statique et depuis le sol, a l’air de convenir.
- Les matelassures ne font pas tout, loin de là : CJ a vraiment besoin de deux modèles différents, avec des ouvertures d’arçon différentes pour ses chevaux.
Mon avis personnel sur les matériaux utilisés pour les matelassures
- De mon côté, moi, Eugénie, je sais maintenant que :
- – je n’aime pas particulièrement la mousse et matériaux similaires. Certes, ça donne des selles qui sont très stables sous le cavalier, se déforment peu, réagissent moins à un cavalier dissymétrique (et on l’est tous, qu’on le veuille ou pas) ; MAIS ça pardonne aussi beaucoup moins de choses, le contact pour le dos des chevaux est plus dur donc nécessite souvent l’ajout d’un pad pour trouver du confort de contact, ça n’est pas respirant… Je ne dis pas que toutes les selles à panneaux en mousse et autres matériaux sculptés sont à jeter, loin de là. Mais dans ma philosophie équestre que je décrivais en intro, celle d’un cheval qui passe franchement son dos sous la selle, c’est loin d’être le matériau le plus facile pour obtenir ce genre de résultat.
- – que le système Cair n’est pas agréable pour les cavalier•e•s si les chevaux ont beaucoup de rebond, mais qu’il est très « pardonnant » dans la répartition des pressions et relativement stable dans le temps (testé et approuvé). Je trouve ça hyper bien pour des cavaliers de loisir qui ont des chevaux pas trop compliqués, en gros. Mais ça manque de technicité et de précision pour des besoins plus spécifiques. Le système Flair utilisé dans les Wow et autres marques, je n’en parle pas : je ne le connais pas et ne l’ai jamais éprouvé. Certain•e•s fitters ne jurent que par ça, d’autres en sont revenu•e•s ; bon, ben c’est comme pour tout hein, j’imagine.
- – de bonnes matelassures laine, ça, ça me parle personnellement comme professionnellement. Je comprends pourquoi la majorité des grand•e•s sellier•e•s classiques, hors français (p*tain de syndrome gaulois ; exception culturelle française, blablabla), l’emploient toujours : c’est souple et respirant, ça s’adapte et s’équilibre précisément. Il existe plusieurs types de laine : naturelle ou synthétique, vierge ou mixte (mélangée à des fibres textiles), voire feutrée dans certains cas. On choisit sa laine selon le type de selle et surtout d’arçon avec lequel on travaille. Et quand le match type de laine / type d’arçon / adéquation des formes est au rendez-vous, ça peut faire des Chocapics. Bon, quand les panneaux n’ont pas pile la bonne forme sur des chevaux trop gros ce n’est pas stable, mais j’avoue que dans ma clientèle locale, j’ai beaucoup de chevaux plutôt fins avec des garrots saillants, donc ils sont très clients de ce type de matériaux.
Mais notez bien ce que j’ai dit : « pile la bonne forme ». Le choix des matériaux, c’est bien. Cependant, c’est loin d’être suffisant comme critère de choix. Donc, restez connecté•e•s pour d’autres infos sur la question !
En conclusion, ce que je peux ajouter à l’expérience de notre Américaine, c’est que j’ai souvent accompagné des expériences similaires. Naturellement on trouvera toujours des exceptions, des chevaux pour qui la mousse fonctionne mieux, un système Cair (c’est ce dont parle CJ quand elle évoque les matelassures air) qui est plus simple d’utilisation pour telle ou telle situation, ce genre de choses. Le constat a cependant été plus souvent dans le sens de ce qu’elle décrit, tant dans l’observation extérieure que du ressenti du•de la cavalier•e : les chevaux se délient mieux sous des matelassures laine, et sont plus en avant. Particulièrement ceux qui ont un dos étroit et anguleux, un processus épineux ressorti, ou des tissus sensibles quand ils sont proches du sang.
Enfin, la remarque n°5 de la cavalière est la plus importante de toutes : si l’arçon n’est pas adapté, alors la selle ne sera pas adaptée. Si un•e sellier•e vous dit que les mesures de l’arçon on s’en fiche, et que ce sont les matelassures qui font le travail : permettez-moi de vous dire que cette personne ne connaît pas son métier. Wink wink les fitters de panneaux : vous êtes l’équivalent des poseurs de fers VS de vrais maréchaux !

Comme souvent, donc, il n’y a pas d’idéal. Si les panneaux en laine semblent être la solution la plus adaptée dans beaucoup de situations, chaque cas est unique et si vous hésitez entre les matelassures mousse ou laine, ou même air (type Cair), votre saddle fitter saura vous proposer la solution la plus adaptée à votre cas.
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Sources et articles originaux The Eventing Nation :
#TeamWool vs. #TeamFoam: The Ever-Elusive Search for Perfect Saddle Fit
The Saddle Fitting Saga Continues
#TeamWool vs. #TeamFoam : And the Winning Saddle Is…
