Qui ne s’est pas un jour extasié sur la grâce et l’élégance d’une amazone ? Une belle jupe en brocard, un petit veston cintré et un bibi à voilette crânement posé sur le chignon, avec un cheval luisant et caracolant, ça change du quotidien bottes en caoutchouc, manteau plein de traces de bave, d’herbe, de boue ou de graisse à pied… Mais qui sont vraiment les amazones ? Et surtout, quelles sont les caractéristiques de leur selle ?

Monter en amazone, ce n’est pas juste porter une belle robe d’époque pour se mettre à cheval : c’est adopter une position où le•la cavalier•e monte avec les deux jambes du même côté.

On attribue à Catherine de Médicis l’origine de la conception des premières selles d’amazone, composées d’une fourche et d’un seul étrier, au XVIème siècle. Elles permirent aux femmes de suivre les parties de chasse aux trois allures, une grande innovation à l’époque. La selle d’amazone a été perfectionnée et son utilisation s’est répandue, atteignant son apogée à la fin du XIXème siècle. Permettant de monter en robe ou en jupes sans dévoiler ses jambes, la monte en amazone a perdu de ses adeptes avec l’évolution des mœurs et l’apparition de tenues plus adaptées à l’équitation à califourchon. De nos jours, toutes les disciplines sont praticables en amazone : le dressage, bien sûr, mais aussi le saut d’obstacle, le cross, le TREC, la randonnée, l’équitation western… Il s’agit désormais d’un état d’esprit plutôt que d’une discipline. D’ailleurs, l’amazone peut être pratiquée par les hommes aussi bien que par les femmes. Un championnat de France de dressage en amazone est organisé chaque année par la Fédération Française d’Équitation.

Ce qui fait d’une selle une selle d’amazone, ce sont ses fourches, et son unique étrier. Si la fourche unique a existé, son utilisation a été abandonnée au fil des siècles, car elle ne permettait pas une stabilité satisfaisante. Les selles actuelles se composent majoritairement de deux fourches, parfois trois. La troisième fourche consiste en une sorte de corne placée à droite de la cuisse droite, et permettant de sécuriser cette dernière.

Une selle d'amazone aux fourches bien visible, de marque Malvern
Les fourches de la selle d’amazone (photo : Malvern Saddle Company)

La fourche supérieure reçoit la jambe droite de l’amazone, tandis que la jambe gauche repose contre la fourche inférieure, éloignée d’une largeur d’un plat de main. Le pied gauche est posé sur l’étrier.

La fourche inférieure a une grande utilité puisqu’elle permet à l’amazone d’effectuer une « clé de sécurité » : en remontant le talon gauche, la cuisse va se serrer contre la fourche. En serrant simultanément la jambe droite, l’amazone peut alors encaisser toutes les fantaisies et tous les sauts de sa monture. La fourche inférieure est mobile, pour s’adapter à l’orientation de la jambe. Elle doit suivre la courbe de la cuisse gauche de l’amazone, sans la coincer. Elle ne doit pas être trop droite (plutôt incurvée), ni trop orientée vers la droite. Les fourches peuvent être plus ou moins larges. Les plus larges sont appelées « ailerons de requin » ou « fourches de chasse ». Elles sont très confortables et recherchées notamment par les amazones d’extérieur. Elles conviennent bien aux cavalier•e•s ayant une cuisse fine, puisque la pression est mieux répartie.

La selle d’amazone possède une sangle normale, mais également un système permettant de rééquilibrer la selle, puisque la position même de l’amazone (même avec une très bonne assiette, très centrée) est dissymétrique.

Il existe plusieurs systèmes, le plus courant étant la balancine reliant le côté gauche (au niveau de la patte d’arçon) au côté droit (au niveau du siège) en passant par le passage de sangle.

La balancine (photo Malvern Saddle Company)

Si vous identifiez une différence d’épaisseur entre la matelassure droite et la gauche, pas de panique ! Celle de gauche peut être rehaussée d’environ 1 cm par rapport à sa voisine, parce qu’elle se tassera plus dans le temps, sous le poids des jambes.

Les selles d’amazone sont en cuir, qu’il soit lisse ou retourné. Ce dernier, qui ressemble à du nubuck, permet une meilleure accroche.

Les matelassures, quant à elles, peuvent être recouvertes de cuir ou de tissu. Le cuir s’entretient plus facilement, alors que les matelassures recouvertes de tissu sont certes salissantes, mais épousent mieux le dos du cheval et sont faciles à retravailler.

Le marché de la selle d’amazone est nettement moins riche que celui des selles classiques. Il peut être compliqué de trouver sa « précieuse », pour les amazones. Une selle d’amazone mal conçue, mal adaptée ou en mauvais état occasionnera plus de défauts et de blessures qu’une selle à califourchon.

S’il existe des selles d’amazone à bas prix (moins de 800 €), on leur reprochera souvent d’être trop larges, avec un siège surélevé, des fourches mal orientées, des sanglons mal cousus. On trouve parfois sur ces selles deux départs de balancine : cette dernière se retrouve alors perpendiculaire à la sangle, ce qui annule l’effet d’équilibrage, et est très désagréable pour le cheval.
Le cuir étant de qualité médiocre, la selle est au mieux inconfortable, sinon dangereuse.

Certaines selles anciennes sont de bonne facture, mais ont cruellement souffert des outrages du temps. Une restauration est un pari délicat : il faut d’abord trouver un sellier qui acceptera de travailler dessus, car c’est un travail très spécifique. Il faut aussi réfléchir au financement de l’opération, qui peut coûter une petite fortune.

Pour acheter une selle correcte et utilisable, on va donc compter un budget variant entre 1 000 et 6 000 €. Le prix dépend de l’âge, l’état, les caractéristiques et la réputation de la marque de la selle.
Pour une selle neuve, en France, on devra compter entre 3 000 et 6 000 € pour une fabrication sur mesure. Je précise que les selliers réellement capables de fabriquer des selles d’amazone valables et qui comprennent les subtilités de sa fabrication et de son équilibrage sont aussi rares qu’un homme hétérosexuel adulte en couple qui sait où sont rangées ses chaussettes.

Les selles d’occasion peuvent être repérées sur des forums spécialisés, des sites d’annonces, des groupes Facebook en France mais aussi et surtout en Angleterre, où la tradition de l’amazone est assez vivace.

On trouve également des surfaix d’amazone. Au-delà de leur esthétique discutable, ils ne permettent pas d’équilibrer le poids de l’amazone. Ils sont donc à proscrire.

Le surfaix d'amazone
Un surfaix d’amazone (photo Malvern Saddle Company)

En amazone plus que dans n’importe quelle monte, l’adaptation de la selle est fondamentale. Si la selle ne convient pas au cheval, la position de l’amazone ne sera pas idéale et entraînera douleurs et courbatures pour le couple. Et si la selle ne convient pas à la cavalière, elle sera tordue ou déséquilibrée, et fatalement créera des soucis pour son cheval.

Les critères d’adaptation d’une selle d’amazone sont les mêmes que pour une selle à califourchon :

  • La patte d’arçon doit épouser le corps du cheval
  • La gouttière doit être assez large pour laisser sa place à la colonne vertébrale sans la comprimer
  • Le garrot doit être dégagé en hauteur comme en longueur ; souvent les arçons des selles d’amazone, pour permettre à la selle d’approcher le plus possible des épaules sans empiéter sur des grands garrots, sont fabriqués à « nez coupés »
Un arçon d'amazone Zaldi nez coupé.
Arçon “nez coupé”, photo The Oregon Regency Society
  • Le siège est droit et horizontal, et peut présenter une légère pente vers la droite
  • Les matelassures doivent suivre le dos du cheval, sans se soulever, quelle que soit l’allure

Le placement d’une selle d’amazone est le même que pour n’importe quelle autre selle : derrière l’épaule pour ne pas gêner le mouvement des antérieurs, avant la dernière côte pour ne pas bloquer le rein.

Côté cavalière, le siège doit être assez long pour que l’amazone n’en dépasse pas (on doit pouvoir placer 3 ou 4 doigts entre le séant et le troussequin). Il doit être suffisamment large pour que le bassin de l’amazone soit centré, sans que les ischions reposent sur les bandes de l’arçon. Au niveau du pommeau, la cuisse droite doit reposer bien à plat sans trop dépasser (le risque étant de créer un déséquilibre). Cette partie ne doit néanmoins pas être trop large, sans quoi l’amazone doit se traverser pour aller accrocher sa fourche droite, ce qui est inconfortable pour elle, et déséquilibre le cheval.

Une selle trop étroite provoque les mêmes problèmes qu’une selle califourchon : la selle penche vers l’arrière et comprime l’arrière des muscles dorsaux, créant des atrophies musculaires. Elle crée aussi une grande gêne pour l’amazone, car elle place le bassin plus bas que le genou ; la cavalière aura du mal à être efficace, et devra produire un plus grand effort pour sauter.

Une selle trop large bascule vers l’avant et tend à glisser vers la gauche, entraînée par le poids de la cavalière. Elle blesse à cause des frottements, particulièrement du côté droit du garrot.

La place de la balancine a également son importance : sa position doit être bien diagonale en partant du siège. Le risque, dans le cas contraire, est la création d’un point de pression à l’endroit où la sangle et la balancine se chevauchent.

Une selle d’amazone doit donc être abordée à la manière de n’importe quelle autre selle, de dressage, obstacle ou autre. On en vérifiera la taille, le placement, l’adaptation au dos du cheval, les accessoires, afin qu’elle facilite l’équitation au•à la cavalier•e comme à sa monture.

Le choix du cheval et l’accord de son gabarit avec celui du•de la cavalier•e est d’autant plus important dans le cas du choix d’une selle d’amazone que la longueur des jambes, déterminant la longueur du siège, doit s’accommoder d’un cheval avec un dos toujours assez long. Ainsi, un dos dont la surface portante est inférieure à 48 cm sera difficilement utilisable avec une selle d’amazone pour un•e cavalier•e adulte d’au moins 1m60. Or aujourd’hui, de nombreux chevaux, même toisant plus d’1m60, ont un dos plus court que ça.

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