Le début de cette histoire est plutôt banal : j’ai racheté un matelas. Après des mois passés sur un truc pourri qui m’a défoncé le dos, j’ai voulu mettre les moyens. Et plutôt que de choisir seule au risque de me tromper, j’ai décidé de me faire conseiller par des spécialistes du matelas. En quoi les critères de choix d’une selle ont quelque chose à voir avec mon lit ? Ne bougez pas, vous allez saisir le parallèle.
Sans rire, quel rapport entre mon lit et mon cheval ?
Qui a déjà acheté un matelas sait à quel point il est difficile de trouver une solution convenable avec un bon rapport qualité / prix. Le pire, c’est quand on achète pour deux : si les deux ne sont pas d’accord, c’est la misère (oui, les lits dissociés existent, mais pour le coup ça coûte un bras).
Sachant qu’en plus, le matelas est ici la donnée la plus importante de l’histoire, mais que le sommier peut, s’il ne correspond pas au matelas, faire tout foirer.
Bref. Alors que je me jetais allègrement sur différents matelas, me tournais et me retournais, et que les (bon•ne•s) vendeur•se•s parlaient, j’avais l’impression de travailler. Et surtout d’être en formation avec quelqu’un qui parlait de mon métier, mais qui m’en donnait une approche différente, qui mettait des mots sur des sensations que je connaissais mais que je ne savais pas exprimer.
C’était génial, j’ai adoré. Et j’ai décidé d’écrire cet article pour expliquer pourquoi il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises selles, en termes de confort – et que le confort n’est probablement pas ce que l’on attend réellement d’une selle.
Quels sont les critères de choix d’une selle – ou d’un matelas ?
La taille de la selle – ou du lit
Si les Suédois ont inventé les lits de 200 cm, c’est parce qu’ils sont grands. Et quiconque a déjà dormi dans un bon vieux lit breton sait qu’il ne vaut mieux pas mesurer plus d’1m60. Et la taille de la chambre aussi, ça compte.
Concernant la selle aussi, la taille, c’est un fondamental : la bonne taille de siège pour le•la cavalier•e, c’est la base. Côté cheval, l’ouverture de l’arçon, la largeur de la gouttière et la longueur d’appui sont LES données basiques et quantifiables importantes.
Le gabarit de l’utilisateur•rice
Le ratio poids / taille détermine la fermeté du cœur du matelas : plus une personne est lourde, massive, plus elle a besoin de soutien en profondeur. Et, logiquement, plus le•la cavalier•e est lourd•e, plus l’arçon doit être rigide et les matelassures denses. Sinon, la selle s’écrase.

La posture du•de la cavalier•e
Vous dormez sur le ventre ? Le dos ? Le côté ? La colonne vertébrale n’aura pas les mêmes courbes, et donc le même besoin de soutien, en fonction de votre réponse. La densité et l’élasticité de la couche superficielle varie, en fonction des matériaux employés, pour permettre de conserver un alignement vertébral juste. C’est le fameux « confort d’accueil », et tout le monde sait que ce n’est pas parce qu’un lit est moelleux au premier abord qu’on y dort bien.
De même que ce n’est pas parce qu’une selle est confortable au premier contact (notamment posée sur un cheval d’arçon pendant un salon) qu’elle est forcément idéale pour le•la cavalier•e. Et ce n’est pas parce qu’elle va parfaitement à un cheval statique qu’elle conviendra au même cheval en mouvement.
La posture du•de la cavalier•e (c’est-à-dire sa position et son fonctionnement), détermine notamment la forme du siège, des quartiers et des taquets.
Côté cheval, elle permettra de choisir la forme de l’arçon et les zones d’appui (variables d’un cheval à l’autre, statique et en mouvement.
Au-delà du « confort d’accueil » de la selle, il est donc nécessaire d’avoir une vision plus globale et sur le long terme du fonctionnement du•de la cavalier•e comme du cheval, pour choisir une selle adaptée.
Le degré de tonicité de l’acheteur•se
Là, on arrive sur des critères complexes et plus difficilement quantifiables, étant donné qu’ils touchent au vivant.
D’une manière générale, quand on est hyperlaxe, on a besoin d’un soutien plus ferme pour dormir, sinon on place des contraintes fortes sur des articulations déjà trop mobiles ; à l’inverse quand on est raide ou hypertonique, un peu de souplesse fait du bien et aide à défaire les tensions.
Ceci étant, quand on dort, on bouge assez peu, donc les propriétés dynamiques des matériaux utilisés dans un matelas sont relativement inintéressantes. À cheval, en revanche, ça bouge constamment et de façon pas toujours prédictible. Il arrive que certains chevaux hypertoniques soient impossibles à monter pour des cavalier•e•s hypotoniques ; ou que des cavalier•e•s hypertoniques stressent n’importe quelle monture par « l’électricité de la fesse ».

La selle est entre les deux, et doit à la fois absorber certains mouvements et en transmettre d’autres, dans un mouvement ascendant et descendant. Or la transmission est régie par les matériaux qui la compose : inertes ou dynamiques, et si oui, par quoi le dynamisme est-il généré ? À ma connaissance, personne n’a fait d’étude sérieuse / intéressante là-dessus.
De façon générale, un•e sellier•e est défini•e par sa philosophie de conception et emploie les matériaux qui lui permettent de réaliser ce dont il•elle a envie. Donc, je pars du principe suivant : aucun•e sellier•e n’est capable d’équiper tous les couples de façon optimale. De même qu’aucun litier n’est capable de fournir un lit à tout le monde. Entre le ressort ensaché et la mousse à mémoire de forme il y a un monde ; entre l’arçon en résine et le lamellé-collé aussi. CQFD.
Le feeling : sentiment et sensations
C’est un mélange de tous les paramètres déjà énoncés, et des sensations liées aux matériaux employés (j’ai essayé un matelas doublé soie, hors budget certes, mais l’impression de flotter dans un nuage c’était génial).
La selle en soie, ce n’est pas pour tout de suite. Vous n’avez pas la même sensation sur une selle en cuir ou synthétique ? C’est la preuve que la notion de feeling liée à l’utilisation d’un matériau plutôt qu’un autre lors de la fabrication est là. C’est ce qui fera qu’une selle fonctionne dans un couple, dans une équitation. Donc si on change de pratique équestre ou même de style au sein d’une même discipline, ça peut ne plus marcher.
Le pouvoir du marketing
L’exemple ultra-typique en literie, c’est cette marque agréée par la NASA et tutti quanti, avec de belles affiches de colonnes vertébrales bien supportées, tout ça tout ça. Pour moi ça a été traumatisant au bout de 30 secondes, j’ai viré claustro. « C’est un autre style de sommeil » a dit le monsieur. Certes, mais pas le mien quoi qu’il en soit ! Pourtant le discours est top.

Et c’est pas parce que la NASA a envoyé Kevin Staut dans l’espace avec une selle en carbone et que vous rêviez d’être Pierre Durand (ou cosmonaute) en 1989 que c’est la selle qu’il vous faut… On sait tous que les rêves d’enfant c’est un peu comme les fantasmes, hein. Pas forcément souhaitable de les réaliser.
—
Bref, ça fait 6 critères de choix, et c’est déjà beaucoup. On sait tous que des problèmes de dos persistants peuvent être résolus par une literie bien choisie. Ou qu’une nuit sur le clic-clac de tante Myriam peut se transformer en cauchemar dont seul l’ostéo et une poupée vaudou peuvent vous sortir.
Quand on choisit une selle pour un couple cavalier•e / cheval, la démarche est assez similaire ; sauf qu’on choisit souvent un matelas pour deux personnes, éventuellement pas franchement assorties l’une à l’autre, et qu’en plus une selle c’est pas juste un empilement de matériaux, il y a en plus des formes à respecter. Ça n’a pas l’air, mais c’est compliqué. Enfin, la démarche n’est pas compliquée intellectuellement, mais la réalisation technique l’est.
En conclusion de l’histoire, je vous dirais donc ceci : montez comme vous dormez.
Faites-vous conseiller. Et essayez des selles, plein. Et des lits.
